Édito «C’était quoi, ce Cirque ?»

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« Considérant que nous sommes en période de creux de vague, signe d’une crise économique “saine”, que nous sommes à Liège, la Cité ardente, capitale de la Wallonie, que ces deux faits engendrent une situation de cirque.

Cirque hurbain (humain/urbain) où se côtoient des mondes parallèles, nous fondons l’ASBL CIRQUE DIVERS, dernière représentation de l’Art banlieue, unique et inique ».

C’était le 12 janvier 1977. Le Cirque Divers venait d’ouvrir ses portes, au 13 de la rue Roture, dans un ancien séchoir à bananes. Les fondateurs de ce cabaret-théâtre-galerie improbable et paradoxal entendaient en faire « un entonnoir couloir où les rencontres se souderont en une goutte, une scène où les gestes quotidiens seront théâtralisés, une piste où les clowns se tordront entre le Rire et la Mort, un miroir où se reflétera notre monde spectaculaire dans sa béatitude (bête attitude) ». Difficile d’identifier toutes les fées (ou les sorcières ?) qui se penchèrent sur son berceau : les dadaïstes du Cabaret Voltaire (où Lénine et Tzara, dit-on, s’affrontèrent aux échecs), l’Internationale Situationniste (pour la critique de la société spectaculaire marchande), l’esprit de Mai 68, quelques fleurs fanées du temps des Peace and Love, voire même la vague punk (les Sex Pistols venaient de sortir leur disque Anarchy in the UK). Mais les alchimies de la contre culture ayant toujours été singulières, on pourrait convoquer aussi Shakespeare (qui savait mieux que personne que la vie est une scène où chacun joue son rôle), ou, pourquoi pas, Diogène, le premier à avoir dit à un puissant de ce monde (Alexandre) : Ôte-toi de mon soleil.

L’aventure va durer 22 ans : joyeuse, irrévérencieuse, foutraque, critique et paradoxale. D’une rare énergie, surtout : pendant ces vingt-deux années, le Cirque a grésillé, crépité, fait feu de tout bois. En dehors de toute routine. Il y eut des soirées mémorables, où se produisirent des stars de la performance, de la littérature, de la sociologie, du théâtre… Il y eut des échecs grandioses (écoute, c’est du belge convoquant toutes les musiques pratiquées en Belgique, ou presque, et qui se noya sous une pluie diluvienne). Mais il y eut plus encore : la théâtralisation du quotidien, qui vit mettre en scène des coiffeurs, des pickpockets, des éplucheurs de pommes de terre, des quidams venus prendre un bain… Une « esthétique de l’aléatoire » (Jacques Dubois) où s’abolissait toute distance entre la scène et la salle. Sans oublier les fêtes du Cul, les festivals de l’insulte, ou tel marathon de danse électorale…

Même quand il n’y avait rien, il se passait toujours quelque chose au Cirque, dans le bruit des conversations jusqu’à pas d’heure, des rires et des engueulades (quand Antaki, Monsieur Loyal du Cirque et Sultan de Bouillon, ne ponctuait pas la discussion d’un tonitruant « Je t’emmerde », je me disais que c’est parce qu’on n’était pas allé au fond de la question…). Le tout alimenté par un bar bien fourni (100 sortes de bière, disait-on : on ne les a jamais comptées…).

Le Cirque, intergénérationnel, interculturel, et même menacé d’être interdit par les censeurs de tous poils, a bien été l’entonnoir d’une certaine gaieté.

Il a fermé ses portes en juin 1999, aux sons de la fanfare de la République libre d’Outremeuse. Mais, même par les temps de grisaille qui sont aujourd’hui les nôtres, l’esprit de l’entonnoir est toujours là, malicieux, critique et jouissif. Il suffit de le chercher…

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