Edito

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Que faire ? C’était la question que posait Lénine, en 1902, dans un ouvrage où il rassemblait sa pensée sur le type de parti socialiste qu’il fallait, selon lui, construire : un parti capable de « recueillir et concentrer toutes les gouttelettes, tous les ruisseaux de l’effervescence populaire qui coulent à travers la vie russe, et qu’il s’agit de réunir en un seul torrent gigantesque ».

Une quinzaine d’années plus tard, avec la révolution d’Octobre, Lénine allait présider le nouveau gouvernement : le Conseil des commissaires du peuple (les Bolcheviks refusant le titre de « ministre » qu’ils trouvaient abject). La Russie s’engageait dans une voie nouvelle, jamais expérimentée jusque là : la construction du socialisme.

On sait ce qu’il en est advenu. La chute du Mur de Berlin, en 1989, a définitivement mis fin à ce que l’on s’obstinait encore à qualifier de « socialisme réel ». Ce n’est pas la révolution qui s’est mondialisée, mais le capitalisme. Les tenants d’une vérité révélée par l’histoire ont voulu y lire, désormais, la « mort des utopies », identifiées au totalitarisme.

La pensée critique, la pensée d’un possible radicalement différent de l’actuel ordre des choses, est elle-même devenue suspecte, voire pernicieuse. TINA ! There is no alternative, pour reprendre la trop célèbre formule de Margaret Thatcher…

On voit bien que, au-delà des partis communistes qui ont pratiquement disparu du paysage, c’est l’ensemble de la gauche traditionnelle qui est interpellée, et déstabilisée, (après avoir souvent rendu les armes face au néolibéralisme). En témoignent les récentes tribulations électorales de la gauche : en France, et en Allemagne notamment.

Que faire, donc, aujourd’hui, dans un monde désenchanté de ses utopies ? Un monde où l’image d’une catastrophe chasse l’autre, et que nous ne semblons plus capables de déchiffrer ?

On pourra certes soutenir que, malgré les discours sentencieux sur la vanité de toute alternative, malgré l’enfermement de la création dans les galeries marchandes, ce monde continue à reposer sur un souterrain miné par la liberté critique. Le « principe espérance » cher au philosophe Ernst Bloch rôde toujours sur notre modernité. Pour le dire autrement, la « vieille taupe » qu’évoquait Karl Marx, « cette vieille taupe, qui sait si bien travailler dans les profondeurs avant de réapparaître à la surface », n’a pas fini de creuser.

Encore faut-il veiller à ce qu’elle ne traîne pas trop en route. Et qu’elle creuse dans le bon sens…

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