Une alternative en première ligne

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Vu le système actuel et la raréfaction des alternatives, l’envie de collaborer avec une maison médicale (MM) trottait dans l’esprit de certain.e.s d’entre nous depuis quelques années. Cette envie s’est concrétisée à la rentrée 2016, quand un projet en éducation permanente a été mis sur pied. L’idée était de réaliser ensemble un roman-photo qui mette en lumière non seulement le fonctionnement souvent méconnu des MM, mais qui fasse aussi transparaître les valeurs (et leur mise en pratique) de ce mouvement issu de mai 68 et toujours en résistance aujourd’hui. Le « public cible », c’était les patient.e.s (à qui ce roman-photo est destiné en premier lieu), mais aussi l’équipe. Le mélange, c’est la clé. Des rencontres – métissant des personnes de toutes origines culturelles et sociales – se sont suivies pour tramer les histoires en partant de leur vécu au sein de la MM. Des photos ont été prises,permettant d’échanger les rôles : les membres de l’équipe sont devenus patients et les patients, l’équipe. Pour finir, des dessins ont été ajoutés. Et ce roman-photo, intitulé « Créer des passerelles entre les gens », a vu le jour.

À la fin de ce projet, un goût de trop peu restait. Notre curiosité avait été aiguisée, et le moratoire de De Block était tombé quelques semaines auparavant. Nous nous sommes alors dit qu’il fallait continuer l’exploration qui venait tout juste de commencer. Nous sommes allé.e.s aux racines pour comprendre comment ce mouvement été né, à quels obstacles il avait été confronté, et comment cette alternative avait pu se faire une place à l’intérieur du système de santé belge.

Pour ce faire, nous avons rencontré des femmes et des hommes qui ont fait l’histoire des MM, avec un détour par la médecine libérale pour en recueillir un point de vue. Nous nous sommes ensuite penché.e.s sur la philosophie qui caractérise ce mouvement en terme de valeurs et le lie, inévitablement, à d’autres pratiques de la médecine, à une autre façon d’envisager le système de santé et de concevoir la santé. En partant de l’approche théorique, nous sommes allé.e.s sur le terrain pour voir ceux et celles qui sont, c’est le cas de le dire, en première ligne. En bon.ne.s fouineur.euse.s, nous nous sommes aussi questionné.e quant à la place des femmes en MM, en tant que travailleuses et patientes, et comment elles pouvaient amener ces structures à s’interroger sur la santé des femmes et les idées portées par le mouvement féministe de self-help. Nous sommes ensuite retourné.e.s sur le terrain pour questionner la transmission, les engagements et les évolutions de ce mouvement, pour finir avec un point sur le moratoire que l’actuelle ministre de la Santé Maggie De Block impose aux nouvelles MM fonctionnant au forfait.
Aujourd’hui, on compte 113 MM sur l’ensemble du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ces structures emploient environ 1700 équivalents temps plein, et le nombre de patient.e.s sur l’ensemble de ce territoire s’élève à environ 250 000.

Il est clair que nous aurions aimé rencontrer davantage de personnes travaillant dans différentes zones géographiques, mais ça n’a pas été possible. Ce dossier constitue donc un aperçu, certainement pas exhaustif, de ce mouvement si vaste et hétérogène. Nous espérons qu’il se lira comme une invitation à la rencontre et à la discussion.

Nous tenons à remercier Ingrid Muller, qui a été là depuis le début pour nous aider à défricher le terrain et répondre à toutes nos questions, ainsi que les personnes qui se sont rendues disponibles pour les interviews.

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