Plus qu’un jeu

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Par un beau dimanche ensoleillé de décembre 2006, nous partons, direction la « Venise du Nord », pour affronter le Club de Bruges. Le match est à 13h, on part tôt, très tôt, à 8h30. On va encore devoir déjeuner à la chope ! Dans le car, la tension n’arrête pas de monter, l’ambiance est déjà de la partie. Aux stations d’essence où nous faisons des arrêts pipi et surtout ravitaillements, les bières coulent encore à flots, les chants s’intensifient au fil des kilomètres. Et puis, on entre dans le stade, on gagne le parcage visiteurs et le match commence. Quatre minutes après, un gars nommé Balaban nous refroidit direct en scorant pour les blauw en zwart. À la treizième minute, ce même monsieur a la brillante idée de remettre ça… À la soixante-troisième, le score est de 4-1. Je dis : « J’en ai marre, je rentre dans le car ! »

Je récolte un cœur de protestations  : « nenni Marcou, reste, c’est pas fini ! ». « C’est beau l’espoir », que je me dis. Alors, je reste.

Et je fais bien !

A huit minutes du terme, Fellaini fait 4-2, puis Guchi enchaîne direct et c’est 4-3 ! Et à la quatre-vingt-huitième, Lukunku nous met une tête dont lui seul a le secret : un coup de boule sorti tout droit des profondeurs envasées de la Meuse, tellement torché que plusieurs ralentis ne pourront jamais déterminer comment la balle a fini au fond des filets ! Quelle fin de match ! Dans le parcage du Standard, c’est du délire : joie des supporters, embrassades, communion avec l’équipe… Le retour vers notre belle principauté de Liège a été à la hauteur du match, exceptionnel. Les personnes qui avaient eu une mauvaise semaine avaient retrouvé le sourire et celles qui, d’habitude, commencent à avoir le cafard le dimanche en fin d’aprèm en pensant au boulot du lendemain, avaient une pêche d’enfer. D’ailleurs, je crois bien qu’elles ne devaient plus trop savoir quel jour on était…

C’est aussi ça, le foot : une excellente manière d’évacuer le stress et la tension, un vrai remède préventif contre le burn out. Psychologiquement, voir gagner son équipe, ça fait vraiment un bien fou, ça met de bonne humeur. On peut y aller en famille, en plus. Et ça offre de supers sujets de discussion, de quoi animer les repas familiaux et ne pas s’y endormir (ce qui généralement, la fout plutôt mal, convenons-en). Il y a plein d’avantages dans le foot mais, il ne faut pas se voiler la face, il y a aussi pas mal d’inconvénients : les prix des places, des boissons, de la nourriture, des accessoires que le merchandising essaie sans cesse de nous fourguer… Prenons une famille de quatre ou cinq personnes : sur une saison, tout ça peut vite coûter fort cher. Mais bon, ça pourrait toujours être pire : votre fille ou votre fils pourrait subitement vous avouer son amour pour le Sporting d’Anderlecht. Imaginez-vous un peu les dégâts qu’une annonce pareille pourrait causer à votre cerveau ?

Quelle horreur… n’y pensons plus !

Revenons aux choses sérieuses et reparlons du Standard. Un grand club de foot impacte aussi l’image de sa ville et ce, jusqu’au-delà des frontières du pays. D’ailleurs, certains savent se montrer très prompts à profiter de cette notoriété pour faire leur pub sur le dos du club, mais je préfère ne citer aucun nom…

Pour les médias locaux, le Standard représente une source intarissable, du pain béni. En bien ou en mal, il y a toujours quelques chose à raconter à son propos. Et même s’il n’y a vraiment que dalle, on peut toujours trouver le début d’une histoire, un fond de rumeur ou élaborer l’une ou l’autre théorie foireuse. Il faut dire que pour la population liégeoise, le Standard reste constamment dans le top 3 des sujets de conversations. Vous ne me croyez pas ? Vous pensez que j’exagère ? Allez boire un verre en terrasse ou à la fancy-fair de l’école de votre petite nièce, faites une balade sur le RAVeL ou sur les Coteaux de la Citadelle : si vous voulez converser avec des gens, parlez des Rouches, vous êtes presque certain de pouvoir entamer un dialogue. Bon après, il sera plus ou moins constructif…

Hors de nos frontières, le Standard déchaîne aussi les passions. En France, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Israël,…[voir texte page 62] Il faut dire que, partout où ils passent, les supporters rouches mettent une ambiance de feu : généralement, on n’entend même plus le public adverse ! Il y a du côté du stade de Sclessin un savoir-faire colossal en matière de tifo, d’organisation de cortèges, de craquage de fumigènes. D’ailleurs, début 2015, grâce à ses supporters, le club a encore fait la une des journaux du monde entier. Vous vous en rappelez sans doute, c’était à propos de cette histoire de petite tête coupée 1 qui, je vous l’avoue, m’avait fait bien rigoler. Mais bon, le sens de l’humour, on l’a ou on ne l’a pas.

Et toute cette bande n’est pas là que pour mettre l’ambiance, elle véhicule aussi une certaine idée de la générosité et surtout, elle la met en pratique. Depuis longtemps, les groupes d’animation du Standard organisent des récoltes de vivres au profit des restos du cœur. Récemment, une collecte de vêtements a été mise sur pied pour venir en aide aux réfugiés.

Vous voyez, le stade du Standard, c’est comme un bon polar : une fois qu’on rentre dedans, on n’arrive plus à s’en décoller. Il y a de l’intrigue et du suspens, des émotions fortes, de la joie et des peines, des histoires d’amitié et des haines ancestrales. Et puis, de la solidarité. Maintenant, je dois avouer que parfois, ce club joue tellement avec tes nerfs que tu lui collerais bien une bonne paire de claques ! N’empêche, je trouve qu’il mériterait de recevoir pas mal d’Oscars : déjà, celui du meilleur scénario (parce que grâce à lui, j’ai vécu des histoires de dingue), celui de la meilleure comédie aussi (parce que parfois, on ne va pas se cacher derrière son doigt, c’est carrément risible : en 2016, on a quand même joué les play-off 2 2) et enfin, celui du meilleur drame (je ne sais pas si vous vous en rendez compte, mais en 2016, on a quand même joué les play-off 2). Et puis surtout, moi je donnerais bien un Hot D’Or au Standard parfois tellement je trouve qu’il est sexy !

Ça, c’est mon avis ; maintenant vous, donnez-lui la récompense que vous voudrez…

Notes:

  1. ndlr : L’affaire dite du « tifo anti-Defour » fit pas mal de bruit dans les médias. En janvier 2015, à l’occasion du match Standard-Anderlecht, les Ultras du club liégeois déployèrent une immense bâche représentant Jason Voorhees, un personnage du film Vendredi 13. Celui-ci portait son célèbre masque de gardien de hockey et tenait dans sa main droite un sabre ensanglanté. Dans sa main gauche… la tête de Steven Defour, ancien capitaine du Standard désormais joueur d’Anderlecht, l’ennemi juré. A côté de ce dessin était écrit : « Red or Dead ».
    Quelques jours à peine après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, certains observateurs médiatiques se sont empressés, entre moralisme de façade et attrait pour la polémique, de prendre une posture scandalisée pour dénoncer une fois de plus l’irresponsabilité des ultras. Ceux-ci se sont vu accusés de faire l’apologie de la décapitation et donc de Daech. La banderole était pourtant écrite de manière relativement claire, utilisant des codes accessibles : Jason est une figure majeure du cinéma d’épouvante, Steven Defour n’avait rien à craindre, à part la honte et le mépris du public de Sclessin et « Red or Dead » est le titre d’un des meilleurs romans jamais écrit sur le foot (par David Peace).
    Suite à cet évènement et sans doute compte tenu de l’emballement médiatique qui en a découlé (la banderole a fait le tour du monde, se retrouvant en une de plusieurs quotidiens), les Ultras Inferno, auteurs du tifo, se sont vus interdits de déplacement. Toute cette histoire est venue tendre un peu plus les rapports qu’ils entretiennent à l’égard de certains journalistes (sportifs) et des instances du football belge.
    À noter que, dans cette affaire, les ultras du Standard ont pu compter sur le soutien de leurs homologues de la Mauve Army, les ultras anderlechtois…
  2.  ndlr : Le championnat belge comporte une phase classique qui se joue en deux tours (aller et retour). Au terme de celle-ci, les 6 premiers au classement disputent les play-off 1. Lors de la saison 2015-2016, le Standard n’a pas réussi à accrocher ce wagon, ce qui constitue une contre-performance sportive assez remarquable.

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Sommaire n°228 été 2016