Le coin des vues

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Au commencement était le chaos. Le jour naquit bien après, fruit de l’amour entre la nuit et les ténèbres.
Dans la cosmogonie grecque (Hésiode, VIII° siècle ACN)  le désordre originel précède tout mais le contient également.
Nous savons que la terre nous survivra dans quelques centaines d’années. L’ordre humain n’aura duré qu’un battement d’aile, un quatrain, une rime.
Et pourtant nous classons, empilons, accumulons les objets et les idées censées les représenter. Nous avons besoin d’ordonner dans ces petites boîtes crâniennes notre imaginaire du monde, sans quoi la vie nous paraîtrait vaine et insupportable. La rationalisation est nécessaire comme l’eau et l’air. Nous aurons survécu et dominé brièvement la nature grâce à cette rationalité, fruit de l’expérience et du besoin de comprendre.
Les catégories sont essentielles dans cette démarche incessante. Il y a les plantes qui tuent et celles qui sauvent. A chaque travail son outil. A chaque projet les plans et systèmes adéquats. L’acte se prépare, s’organise en groupe. Il s’élabore à partir de concepts de plus en plus complexes. Les résultats et les comportements s’analysent, sont caractérisés et catégorisés. Aux conséquences étiquetées sont rattachées des causes. On anticipe. On organise la nature, la société aussi.
Le groupe humain n’a pas tardé à s’organiser, par la division du travail, sur le principe d’économie : produire le plus au moindre effort. Et si d’autres peuvent travailler à notre place (les femmes puis les esclaves et toutes leurs formes ultérieures), c’est encore mieux. Les marchandises s’échangent puis se payent en monnaie. L’accumulation de celle-ci deviendra un but en soi pour les assoiffés de pouvoir et de reconnaissance. Aujourd’hui la monnaie ne correspond plus à une aptitude à créer des marchandises, elle est capturée au niveau planétaire par une caste ultime conduisant l’espèce humaine à son agonie.
L’accumulation de la monnaie ne peut, par hypothèse, être égalitaire : il faut que la majorité travaille pour que la minorité puisse compter ses sous. Si le boulanger arrête de cuire le pain, le village meurt, si riche soit-il.
Alors il nous faut organiser cette exploitation du travail humain. Distinguer ceux qui font les marchandises et ceux qui en jouissent. Il convient de justifier cet ordre des choses comme allant de soi car les gardiens d’esclaves et les mercenaires conquérant de nouveaux marchés coûtent cher à nourrir. Un sorcier, un prêtre, un enseignant, un journaliste, un juge ou un avocat sont plus efficaces, pour créer la justification juridico-morale de l’ordre des choses, que des armées ou flottes blindées. C’est ce qu’on appelle l’idéologie dominante. Chacun d’entre nous – et particulièrement cette classe moyenne saupoudrée par le pouvoir – en est le maillon nécessaire. Ou on accepte l’ordre social ou on le subit violemment, parfois en Occident, en permanence ailleurs.
A chaque caste de la société correspond ses oripeaux distinctifs (vêtements, attachés-case, voitures etc.) qui permettent au flics de connaître la liberté de manoeuvre de l’intéressé.
Et comme le marché planétaire uniformise les allures et comportements, les identifications se normalisent également. Les fichiers se simplifient. Les dossiers se standardisent.
Qu’est-ce qu’un dossier ? Pour un administratif, un avocat ou un juge, c’est une farde pleine de papiers où sont hermétiquement rangées des tranches de vie, comme des sandwiches ou des hamburgers, avec un peu de salade. Le dossier est en soi un système de classement efficace ainsi qu’une réduction opportune de comportements humains. La compacité facilite le transit. Les petites gens ont des petits dossiers. Il y en a beaucoup mais cela fait vivre. Les gens importants ont des grosses affaires qui mobilisent du monde, durent longtemps ou qui se perdent miraculeusement. On ne souffre pas de la même manière. Un tué occidental a évidemment plus de prix qu’un cadavre de plus ou de moins sous les mouches bourdonnantes au soleil.
Alors nous cherchons notre sérénité au milieu des poubelles. Nous aspergeons de déodorant les quartiers alentours. Nous prions ou chantons. On fait du yoga, des régimes, des voyages d’agrément et des missions humanitaires. On réconforte, on comprend et on est solidaire. Pendant ce temps, d’autres s’emploient à détruire la mémoire et toutes traces de la dignité des siècles. Hésiode ou Homère sont des marques de bière.
Alors on se dit : pourqoui se révolter si c’est pour perdre le peu qu’il nous reste ? S’indigner, ok. Plus, on n’a pas le temps. Il y a le repas à préparer, les courses à faire et les devoirs du petit. Sans compter le hamster à décrotter, etc.

D’accord. De toute façon le rideau va tomber sur ce qui devient une mauvaise pièce. Mais on est quelques uns à vouloir en changer le final. Que ce soit en beauté. Hector sait qu’il va mourir. Le choryphée des moires s’est époumonné à le lui se-riner. Mais il combattra Achille dans l’honneur et la dignité. Je veux une fin digne pour mes enfants et les leurs.

Alors on sortira ses vieux chiffons rouges. C’est le moment de les aérer.

Bril

Ordre militaire
Scott McLaren, soldat de sa Majesté la Reine d’Angleterre, est mort le 10 juillet de cette année-ci en Afghanistan, tué par les talibans.
Malheureusement il n’est pas le seul, quelqu’un sait me dire pourquoi les britanniques sont en Afghanistan…, mais il est le seul à être mort pour une paire de lunettes.
Étant donné le manque cruel de matériel adéquat pour ce genres d’opérations militaires, le pauvre Scott a eu peur d’être renvoyé à la maison car il avait malencontreusement perdu ses lunettes de vision nocturne lors de la mission de la journée-même, et pour ne pas attirer sur lui les foudres de sa hiérarchie, il est sorti tout seul vers 2h30 du matin, avec tout son équipement, pour retrouver ses lunettes, apparemment très prisées par les talibans aussi.
Ils ont retrouvé son corps à moins de trois km de la base vers 7h30.
Il avait tout juste 20 ans et les huit talibans qui l’ont tué ont reçu une moto et l’équivalent de 200 EURO. Pas très cher pour des lunettes…..

Ordre racial
Dans un bouquin que je viens de terminer, Out of Arabia-Phoenicians, Arabs and the Discovery of Europe pour ne pas le nommer, l’auteur étudie l’influence que les cultures en provenance de pays non européens ont eu sur ces mêmes pays et leurs cultures respectives.
Loin de moi l’idée de penser que toute notre histoire et notre culture dérive en ligne droite des Phéniciens et Arabes mais si demain on m’apostrophe comme sale arabe je n’ai plus rien a redire…..

Ordre civil
Dans n’importe quel pays, si on te trouve au lit avec une mineure, c’est la prison assurée, sauf en Italie : si tu es italien, premier ministre et plein aux as, tu risques deux ou trois lignes ici et là, mais ta notoriété elle grimpe aux nues!

Ordre d’entrée
Il y a pratiquement un siècle, des immigrés (italiens entre autre) de tous bords et par milliers arrivaient par bateau aux Etats Unis pour trouver une raison de vivre, en subissant des humiliations parfois à la limite de la décence.
Maintenant, on se permet de donner des leçons à tous ceux qui arrivent en Europe et plus précisément en Italie en provenance des côtes nord africaines et qui risquent leurs vie à chaque instant de la traversée, eux aussi pour trouver une raison de vivre, ou de mourir…

Ordre bancaire
Je me suis toujours posé la question de savoir pourquoi on doit payer des taxes bancaires sur le pognon que l’on vient de verser sur son propre compte. Si je ne m’abuse le pognon appartient au client titulaire du compte et pas à la banque, où est le problème???
Et pourquoi il faut même pas un jour pour recevoir une facture de la banque tandis qu’il faut entre deux et trois jours pour recevoir un virement d’une autre personne ou société ou autre? Que se passe-t-il avec ton pognon??

Ordre politique
Les élections françaises sont pratiquement derrière l’angle et comme à chaque fois les débats font rage déjà que ce soit à la TV ou à la Radio. Il y a une chose qui me préoccupe, on entend les mêmes discours avec les mêmes phrases que ce soit à gauche, au centre ou à droite, il n’y a plus aucune différence entre les propos tenus par les candidats et les propositions étalées sur la table de discussion sont toutes énoncées de la même manière avec pratiquement les mêmes mots.
Ils ont tous suivi les mêmes cours de «media & communication» que ils ne savent plus de quoi ils parlent, tellement ils sont obnubilés par la façon de le dire. Mais dire quoi?

Ordre politique 2
C’est un paragraphe que je trimballe avec moi depuis le jour où j’ai lu le bouquin de Diego Novelli, en 1989.
Diego Novelli, écrivain italien, a été maire de la ville de Turin pendant une dizaine d’années dans la période des Brigades Rouges, des grèves sans fin de la part des travailleurs de FIAT entre autre, et de cette «aventure» il en a écrit un bouquin, «Il decennio della follia», dans lequel il explique comment il a pu trouver des solutions d’ordre politique, social ou culturel dans un marasme géneralisé.
Il a écrit aussi ces quelques lignes que je vous traduis en essayant de ne pas perdre l’idée générale :
…Être politicien signifie au jour d’aujourd’hui avoir la possibilité de cultiver ses idées et les confronter, pour pouvoir les mettre en pratique. Être politicien signifie être au service, pas en tant que sacrifice mais comme une possibilité de pouvoir faire partie d’un processus de transformation de notre société…
Rien de nouveau à l’ouest…

Ordre végétal
Pour les besoins d’une recherche au Royaume Uni on a posé à une flopée d’écoliers les mêmes questions et une des questions était d’où viennent les légumes que l’on trouve dans nos assiettes, par exemple les tomates.
La presque totale majorité des écoliers interrogés a donné pratiquement la même réponse, du supermarché du coin!
Houston we have a problem….

Don Diego

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