Tox story réalités comptables

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07h17
L’alarme que j’ai choisie, la plus stridente possible, me sort de ma torpeur en sursaut. Réveillé assis, comme souvent, affalé plutôt, dans le fauteuil du salon. Aucune idée de l’heure à laquelle je me suis effondré. La télé est restée allumée toute la nuit. A la main gauche un joint à moitié entamé. Sur la table basse, ma dernière bière de la veille à peine entamée aussi. Tant qu’à faire, je rallume le joint et finis la bière.

07h45
Pour la forme, je bois quand même un café, avec un demi-biscuit. Je vais bientôt conduire ma compagne au taf. Je regarde dans le frigo s’il reste une bière ou deux. Il reste deux 33cl, je les empoche. Je roule un petit stick d’herbe pour me mettre en route.

08h00
Ma compagne monte dans l’auto. Je démarre et j’allume mon premier stick fraîchement roulé en écoutant les infos. Je dépose ma femme à son travail. Dès qu’elle s’éloigne, j’ouvre et bois avec plaisir ma première bière fraîche. Sur le trajet de retour vers la maison, j’entame l’autre. Je prends bien soin de passer par un magasin pour me refournir en bières. Je sais toujours où en trouver, 24h sur 24. Raisonnable, j’achète juste deux grandes Cara Pils. Elles ne font que 4,5°. J’ai une réunion dans deux heures.

08h30
Je rentre chipoter et me détendre un peu. Tiens ! Je commence à bâiller et à frissonner. Il est temps que je prenne ma méthadone. J’avale la gélule de métha avec une gorgée de Cara. Je me tape devant des feuilletons moyens en fumant un autre joint.

10h00
Je pars pour ma réunion. Comme toujours un peu en retard. Sur le trajet et une fois parqué à proximité du rendez-vous, je bois vite une bière et demi et tire sur un nouveau joint, léger. Je sais que sans ça, je serais taiseux et passif, peu enclin à participer aux débats. Besoin et envie de ces énergies désinhibantes, surtout face à un groupe. Enthousiasme. La réunion se passe bien. Après juste 2 joints, 2 ou 3 bières, c’est le moment-état-effet, que je préfère  !

13h00
Tout juste rentré à la maison. Ravitaillement sur le chemin. J’ai bu une bière et fumé un bon joint d’herbe. Je regarde, comme souvent, les émissions d’infortainment de midi. Merde, le dernier joint d’herbe était un peu trop chargé ! Ça tape dans ma poitrine et l’angoisse monte. Je prends un demi Xanax pour me calmer… avec une gorgée de bière. Je me couche, et avant de sombrer dans une sieste bienvenue, je fume quand même un demi-joint de haschich pour favoriser l’endormissement qui ne tarde pas à arriver.

16h00
Je m’extirpe difficilement de quelques heures de rêveries fragiles et interrompues, quoi qu’assez agréables. Je dois bientôt aller conduire la fille d’un de mes amis à son cours de danse. C’est  à une quinzaine de bornes. J’ai plus rien à boire. Je finis le joint de hasch d’avant sieste en me mettant en route. Je suis à la bourre pour la petite. Mais je fais quand même un détour par l’indien du coin. Je prends 2 petites bières, c’est plus discret pour la conduite à cette heure-ci, et une bouteille d’eau minérale  ! Faut quand même pas déconner  ! Mais dès que je suis dehors, en mouvement, que ce soit en auto, à pieds ou à vélo, j’ai toujours quelque chose en main. Je suis sûr que même sur un cheval au galop je pourrais avaler un demi. Alors mieux vaut de la Bru que rien…

16h30
Je conduis ma jeune amie à son cours. Une main sur le volant et l’autre sur la bouteille d’eau. On cause, on rit, on écoute de la musique fort, on chante. A la radio, la FM nous rejoue pour la 5ème fois de la journée la rengaine de Soprano. « Où sont les bobos/les types en survet’. Les intellos/les mecs en fumettes ? ». J’me dis qu’à part le survêt’, je suis un pré-bobo précaire et intello en fumettes…
r

Je dépose la petite à bon port. Avant de repartir, je m’ouvre une bière, roule et allume un joint. Y’a du trafic, je rouvre une bière. Dix minutes plus tard, je mets machinalement ma main au porte-gobelet. Vide ! Je refais un détour par le Bengali le plus proche, ou plutôt le moins cher. Je rachète 3 jupiler de 50cl et du tabac  ; sans additifs, le tabac ! Je rentre chez moi au radar… Je bois quelques bières, quelques joints devant quelques talk-shows, au radar aussi…

19h00
Je cuisine et m’agite, tout en buvant des bières et en fumant 1 ou 2 pétards légers. Je cours à gauche et à droite, je monte et descend les escaliers à tout bout de champ. Un peu désordonné et pas super efficace, mais plein de bonne volonté. Je suis bien. De bonne humeur. L’envie de parler. Juste un peu excité.

19h45
Evidemment il manque du pain et d’autres broutilles. Et les grands magasins ferment dans dix minutes. Je décide pourtant de sortir à pied, c’est plus prudent. Je marche d’un pas rapide, une bière dans la main droite et un joint dans la gauche. Je profite de mon passage au magasin pour racheter quelques dernières (?) bières pas chères… Cette fois, je titube un peu. Corps et esprit fonctionnent de façon mécanique. Ma voix intérieure en écriture automatique, encore plus après un énième joint dans le froid. Une fois rentré, j’expédie mes dernières tâches domestiques un peu dans le brouillard.

22h17
Je me mets enfin dans le fauteuil, m’y enfonce, et n’en sortirai sûrement plus jusqu’à demain. Devant la télé. Je bois encore quelques gorgées de bière, mais j’en ai plus vraiment le besoin ou l’envie. La dernière boîte reste souvent  là, à peine entamée, par terre ou dans ma main crispée autour du cylindre d’alu… jusqu’au lendemain, où je la finirai sûrement peu de temps après mon réveil… A la télé, qui restera allumée toute la nuit, je regarde surtout des documentaires, des talk, des reportages racoleurs. Peu de films ou de séries de qualité. J’aime trop ça pour les voir dans de mauvaises conditions. Plus assez d’attention. Les images glissent. Plus trop de place non plus pour des conversations calmes et sensées…

Par contre, c’est là que je fume encore un dernier bon joint de hasch, calmement, pour le goût et l’effet calmant. Là-dessus je prends un demi Xanax, et puis non, un entier finalement, pour être sûr  ! De quoi  ? Sûr de m’effondrer là, bientôt. Devant la télé qui toute la nuit déversera des milliers d’images, de sons et d’informations qui résonneront  dans un sommeil précaire et sous influences.

Parce que.
Je ne peux pas m’endormir sans.
Je ne peux pas dormir avec.

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