Impacts écologiques des technologies de l’information et de la communication

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Il n’y aurait pas de produit s’il n’y avait pas de client. Telle était la conclusion sur laquelle je vous avais laissé.es. lors de mon précédent article sur les TIC. Conclusion certes un peu abrupte et même, selon d’aucun.e.s, brutale ! Il me fallait donc – replongeant dans le livre passionnant dont j’ai entrepris de vous faire partager ma lecture – vous reprendre avec douceur pour vous conduire, au-delà de la prise de conscience, vers l’achat responsable ! Si tant est que ces deux mots puissent cohabiter pacifiquement.

Or, j’ai bien conscience évidemment que je serai, dans pas longtemps, la dernière Terrienne sans gsm ni compte Facebook ; et qu’il y a assez peu de chance pour que j’arrive à vous convaincre du côté sexy de l’invisibilité sur la toile et du dénuement   numérique volontaire !

Me revoici donc, pour le second volet de mon article sur l’impact écologique des TIC, à tenter de tracer des issues qui puissent paraître réalistes aux yeux du grand nombre d’humains convaincus d’avoir besoin de l’inutile. Mais néanmoins de plus en plus concernés par la destruction exponentielle du vivant – dont je rappelle que nous ne sommes pas uniquement les observateurs, en dépit de notre grande tentation et capacité de mise à distance.

Adam et Eve - corrLes analyses du cycle de vie

Il existe de nombreuses méthodes d’évaluation environnementale. Il s’agit, pour le dire vite, d’outils permettant d’évaluer les interactions entre les sociétés humaines et les écosystèmes naturels. Parmi ces outils, il y a les Analyses du Cycle de Vie (le mot vie s’appliquant ici non pas aux gens mais aux produits ; la langue étant bien décidément la partie émergée de la pensée dominante). Ces ACV ont l’avantage d’être « une approche multicritère qui considère l’ensemble des impacts environnementaux sur l’ensemble du cycle de vie des produits ».

Et par là d’éviter que ne soit prise pour une mesure d’amélioration le simple déplacement d’un certain type de pollution vers un autre – par exemple si une diminution de la consommation d’énergie avait été obtenue en augmentant la quantité d’un matériau toxique.

Les résultats obtenus par ces études peuvent être utilisés par les politiques publiques afin d’établir des normes et des réglementations qui favorisent la conception écologique des produits mis en circulation. Ils peuvent aussi servir à sensibiliser les consommateurs notamment en donnant lieu à des labels. Et c’est dire que l’enjeu économique est potentiellement de taille quand on sait que la grande majorité des citoyen.ne.s a conscience de la portée réelle des efforts faits par chacun.e en matière de protection de l’environnement ; et que, selon diverses enquêtes, nous serions en demande d’informations sur les processus de fabrication, l’origine des matières premières, et la recyclabilité des objets que nous achetons.

Laver plus vert que vert

On comprendra donc que ces résultats sont susceptibles d’influencer des chiffres d’affaires, et qu’ils sont par conséquent détournés, manipulés, tronqués, par les entreprises en vue de greenwasher leur image. Les ACV permettent en effet de comparer entre eux les produits et les services et de désigner les plus polluants. Une très forte motivation pour les fabricants et les concepteurs de travailler dans le respect de la planète et de ses habitant.e.s, me direz-vous ? Niet ! Mais par contre, une sacrée raison d’investir à mort dans le secteur de la communication environnementale, qui devient un poste clef pour les entreprises des TIC.

« Ainsi certaines entreprises sont très bien
perçues des consommateurs au regard de leurs performances environnementales qui sont loin d’être élevées, comme Apple par exemple. »
Et si le fabricant d’ordinateurs utilise bien les ACV comme base pour ses rapports environnementaux, les résultats qu’Apple communique sur son site ne bénéficient pas de la garantie de transparence assurée par les normes.

La question de la fiabilité et de la transparence des données est sensible. D’autant que touchant un domaine aussi complexe que les TIC, et vu le fonctionnement labyrinthique des échanges globo-néo-écolo-capitalistes, ces analyses entremêlent un nombre invraisemblable d’inconnues et de variables, au point souvent de frôler l’impossible. Pas moyen de savoir s’il est plus responsable de lire son journal en ligne ou en papier ! Inextricable tentative de comparer la liseuse numérique et le livre d’antan !

Mon syndrôme d’Icare

Au terme d’une lecture ardue d’un chapitre écrit comme tournerait une boule à facettes, je sors mi-chaos mi-knock-out avec l’impression qu’il est en fin de compte tellement compliqué d’analyser l’ensemble des paramètres et des impacts dans une perspective comparative que l’envie est grande de conclure au bon sens : en dépit de tout cet embrouillamini d’intox, d’infos et de manques de données, « le simple fait de comprendre l’ampleur des impacts écologiques des TIC ne devrait-il pas nous conduire à se questionner sur la surconsommation de ces équipements » ?

Tout devient alors simple et limpide : acheter moins, garder plus longtemps, éteindre entre deux usages, ne pas cliquer comme on respire, ne pas googleliser à tout bout de champ, pour un oui ou pour un non, (J’y pense, il faut absolument que j’amène un dictionnaire et un annuaire téléphonique au bureau de la rédaction) préférer la patience au sms, le plan au GPS, le jeu de l’oie à la tablette ! Et renouveler votre abonnement au magazine C4 plutôt que d’utiliser la liseuse PDF de Entonnoir.org. Je suis complètement ringarde, je sais oui : obsolète !

Telle sera ma deuxième conclusion…

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