Stas Academy

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HEY ! N’allez pas croire que je vous souhaite le bonjour comme un zarbi (que pourtant je suis et pas le moins du monde malheureux de l’être). C’est là le nom d’une incroyable revue consacrée au « modern art » et à la « pop culture » dont je viens de me délecter du n°13 avec un effarement certain. Certes, j’avais été fort excité par une première mirifique exposition portant le même titre au Musée de la Halle Saint Pierre à Paris (ce lieu incontournable se situe rue Ronsard – au pied des escaliers de la Butte Montmartre, si vous voulez vous situer davantage) et je me promets de faire fête à la seconde puisqu’elle dure jusqu’au 23 août. J’ai écrit « seconde » mais mon cœur voudrait que ce soit la « deuxième » ; les pointus comprendront. Ceci dit, feuilletons les premières pages de cette revue, si vous le voulez bien. Ça commence par Jee Sayalero, un Vénézuélien installé à Madrid, un tatoueur qui dessine aussi sur papier et plutôt bien. Suit Kazuyo Oshima, qui crée de fabuleuses poupées en jersey de coton et qui n’a pas hésité à se lancer dans la confection de 1.000 bébés dans des coquilles de noix, œuvre homérique qui lui prit bien des années. Ravi Zupa, un autodidacte de Denver (Colorado), pense que s’il avait fait des études d’art, il n’en serait pas du tout où il en est techniquement. « Entre le temps passé sur des exercices dépourvus de sens et un boulot pour payer les cours, j’aurais eu très peu de temps pour pratiquer le dessin. Je crois aussi que les écoles d’art poussent les gens à penser que le support et le processus sont plus difficiles à apprendre qu’ils ne le sont en réalité. » Il combine des images issues d’autres époques et cultures avec des clichés et objets familiers issus de la nôtre, tout ça parce qu’il aime regarder l’art qui vient d’autres cultures parce qu’il est souvent porteur de mystère (la notion d’ « épistèmè » de Foucault y étant pour beaucoup). Passons l’Anglais Jon Fox pour nous fendre la poire avec le Canadien Ryan Heshka, dans les peintures duquel humour et horreur cohabitent pour notre plus grande joie. Mais voilà que l’on bée face aux fantasmes érotiques de Namio Harukawa (découvrez-les par vous-même, c’est du genre hyper gratiné !) puis sur un chef-d’œuvre qui a pris quatre ans à Gilles R. Maurice, crucifiant l’ère sarkozienne, « une tentative de mettre à plat le flot indigeste et logorrhéique d’informations contradictoires engrangées par la conscience collective. Tout ce qui a été fait, dit, défait, liquidé, les mains sales serrées, les cultes lourdement dragués, les symboles vidés de leur sens, les codes usés du Storytelling permanent, les caricatures en overdose, tout cela observé à travers le prisme disneyen… Quoi de mieux pour illustrer le nouvel ordre mondial qu’une planète à oreilles de Mickey ? » Admirés les animaux géants de la Chinoise Liu Di, on s’extasie devant les paperolles de Murielle Belin, une surdouée vivant à Nancy, avec laquelle j’ai l’immense chance de partager une amitié artistique indéfectible. Gravez bien son nom sur vos tablettes, c’est une toute grande ! Puis v’là ce Russe complètement pété, Dimitri Tsykalov qui sculpte des skulls dans des pommes, des choux rouges, etc. puis les laisse pourrir, les photographiant à divers stades de décomposition… un vrai bonheur pour les yeux. Et ça continue comme ça au fil des pages. J’arrête pour que vous puissiez découvrir tout ce qui suit. J’épingle quand même Zach Johnsen et ses personnages explosés qui m’ont presque fait hurler de rire, l’Iranienne Homa Arkani qui a des couilles (si j’ose m’exprimer ainsi) pour peindre ce qu’elle peint sur la condition de la femme dans son pays, les photos de tatouages rituels thaïlandais de Cédric Arnold, Fulvio Di Piazza et ses effrayantes visions de « Mère Nature, » puis je m’arrête là tant il y a plein d’autres choses. Bref, on a droit à quatre numéros par an quand on s’abonne via Ankama Éditions. Cherchez un peu, paresseux, je ne vais pas toujours vous faire tomber les alouettes rôties dans la
bouche quand même ! Restons dans les images (un peu du même tonneau) en s’émerveillant du copieux volume consacré à la peinture de Mark Ryden par Taschen. C’est à la fois léché et super-kitsch. Lady Gaga a dû s’en inspirer pour concocter sa robe en viandes. Ça n’a absolument rien à voir avec l’odieux « bon goût » et c’est sans doute pour ça que j’aime assez. Quel univers ! Un Christ sangui(g)nolent chevauchant un grand bi ou une gamine attendant son filet américain que le Président Lincoln lui prépare, des petites filles modèles dans un univers empli de symboles hétéroclites, etc. On adore ou on déteste, c’est ça qui compte.

 

Applaudissons chaleureusement le petit dernier publié par Yellow Now (côté photo), Avoir un bon copain, car c’est un petit livre qui n’apporte que du bonheur. Depuis trente ans, la patiente Véronique MARIT glane sur toutes les brocantes des photos de gens dont elle ignore tout, bradées dans des caisses improbables. Une fois qu’elle en eut rassemblé plus de 20.000, elle prit la décision de classer ses trouvailles de façon thématique. Tombant sur l’image de deux gamins qui se tenaient par le cou, côte à côte, deux vrais potes quoi, le thème de l’amitié surgit comme de soi. Ces images anonymes, dont la plus ancienne date de 1885, deviennent en fait véritablement des documents tant sur la vie quotidienne que sur l’histoire même de la production photographique. Voici des dames qui se retrouvent le dimanche après-midi, pour faire la vaisselle, avec une bassine d’eau chaude sur la table de la cuisine, réel moment de confidences, d’intimité féminine. Pendant ce temps, les hommes sont au salon ou au jardin, à fumer le cigare ou à converser dans des fauteuils (Tiens donc ! ). Et ce sont tous ces « non-événements » qui deviennent captivants pour notre regard. Câlins à des animaux domestiques, excursionnistes radieux, gros ecclésiastiques en goguette, repas festifs ou guindailles mémorables, « verts paradis des amours enfantines », etc. Appliquons-nous à tirer une leçon de cet ouvrage : « Combien de milliers de photos prend-on aujourd’hui avec les téléphones portables ? Et qui prend encore la peine de s’offrir un beau tirage photographique ? Dans cent ans, plus personne n’aura un tirage d’aujourd’hui, et les systèmes informatiques devenant obsolètes, ces images existeront-elles encore ? Alors que nous pouvons toujours nous émerveiller devant un tirage de la fin du XIXème siècle. Pour la première fois dans l’histoire de la photographie, on fait de plus en plus d’images… et on en conservera de moins en moins. » Pour en finir avec les images et passer quelque peu à la chose écrite, apprécions un roman dessiné en 1966 qui n’a rien perdu de son punch : Spymaster vs Blackspider, Le Grand Espion contre l’Araignée noire, de Yak RIVAIS (éditions Sous la Cape). Demeuré inédit, ce roman-images, précurseur d’une bande dessinée libérée des contraintes de la ligne claire fait suite au Périple du Grand Espion, premier livre de l’auteur publié la même année par Belfond. Pour info, le grand Yak s’est d’ailleurs remis à la peinture et exposera ses grandes toiles en septembre à Paris (Galerie Lefor Openo) : on y courra !

 

Allez ! Quelques lectures pas trop désagréables. J’ai adoré Clairs de lune et autres textes de l’astronome Camille FLAMMARION (éditions des Grands Champs), un recueil qui n’avait pas reparu depuis 1894. Il s’agit d’ « une flânerie enjouée parmi le vaste monde des connaissances tel qu’il s’ouvre dans cette seconde moitié du XIXème siècle, de la terre au ciel, de la mer aux astres, de la faune à la flore, de l’homme à l’animal, sans autre but précis que l’émerveillement face à une énigme sans limites, de l’infiniment grand à l’infiniment petit. » Stéphane Mahieu, qui préface intelligemment l’ouvrage, conclut de la sorte son texte : « Une des plus beaux hommages qui fut rendu à Camille Flammarion est celui, indirect, de Jean Ferry dans une des nouvelles qui composent Le Mécanicien et autres
contes intitulée
« Raymond Roussel au paradis » : « Lorsque Raymond Roussel arriva après sa mort dans le pays auquel il avait droit, mais où dès l’abord il ne se reconnaissait pas, Jules Verne et Camille Flammarion vinrent à sa rencontre… » Un nouveau Tom ROBBINS ne se rate évidemment pas : b comme bière (la bière expliquée aux (grands) enfants) est à nouveau une mixture de choix. « À la veille de ses 6 ans, Gracie s’interroge. Quel est ce mystérieux liquide que les adultes ingurgitent avec une telle satisfaction ? Si son père élude ses questions sur la bière, l’Oncle Moe s’avère plus loquace. Il propose même à sa nièce de l’emmener visiter la brasserie Redhook. Mais quand elle apprend que la visite n’aura pas lieu, Gracie a un accès de colère et engloutit une canette trouvée dans le frigo. Elle voit alors surgir la sympathique Fée de la Bière. À ce moment-là commence pour la fillette un voyage fabuleux et instructif au pays de l’alcool couleur de miel. » Un conte à consommer sans modération. Un nouveau Jean-Bernard POUY, de plus très efficacement illustré par Joe G. PINELLI, ça ne se rate pas non plus. Sous le vent (Lattès).

 

Je recopie la quatrième de couverture pour vous donner l’envie (c’est pas que je sois paresseux mais je n’ai que peu de temps à moi ces temps-ci, occupé à déménager ma monstrueuse bibliothèque) : « Dans la petite école de Bothoa, au cœur de la Bretagne, un jeune élève, Pol, s’ennuie. Il observe les cartes accrochées aux murs et rêve d’un ailleurs. Des années plus tard, vers 1919, Pol, revenu de la guerre, lance une fléchette sur la carte du monde. La destination est choisie : les îles sous le vent. Un petit matin flamboyant, Pol n’emporte qu’une poignée de braises, ses souvenirs. Les vents des mers du Sud raviveront le brasier. » C’est superbe. S’il est bien un film qui m’a marqué à l’époque (1967) c’est bien Luke la main froide, un des rôles les plus étourdissants de Paul Newman. Comme l’écrit Dennis Hopper, « Ce jeune mec, condamné au bagne pour avoir décapité des parcmètres, symbolisait parfaitement l’esprit de désobéissance qui nous animait. Qu’il soit sorti de l’imagination d’un ex-taulard, passé par la marine, la fausse monnaie et le cambriolage, rajoutait à l’anticonformisme d’un personnage élevé depuis au rang de mythe cinématographique. Le charisme de Luke, sa résistance à la brutalité, ses interrogations sur l’existence d’un Créateur concourent à faire de cette histoire un manifeste humaniste et politique. ». Eh bien, j’ai dévoré le roman qui servit de base à ce film hors normes. Il est de Donn PEARCE et est publié par Passage du Nord-Ouest et c’est génial !

 

Pierre TRÉFOIS nous revient avec Tropique du Suricate (Gros-Textes), toujours aussi pointu et nécessaire. Exemples : La pudeur ? Il y a des feuilles de vigne pour ça. Et des talibans de toutes obédiences comme viticulteurs forcenés. • Contrairement au Salon de l’auto, des vacances ou des arts ménagers, le Salon du bombardier ouvre ses portes toute l’année, 24 heures sur 24. • On meurt plus souvent de quelqu’un que de quelque chose. • Il y a un bon dieu pour les ivrognes. Qui les attend au seuil du paradis, avec un rouleau à tarte. • Cunilinctus, fellatio : et on prétend que le latin est une langue morte ! Un incroyable ovni pour terminer : Les pAnsées (Tome 1) de Jean-Philippe GOOSENS, publiées pat le Cactus Inébranlable (qui, livre après livre, devient une maison d’édition avec laquelle il faut compter) aimablement sous-titrées Le ridicule ne tuba. Alors là, accrochez-vous car ça décoiffe sévère ! Ce ne sont pas vraiment des aphorismes à proprement parler mais plutôt des calembours lamentablement ravageurs. Certains vous donneraient bien l’envie de vous jeter la tête la première contre un mur en béton armé, d’autres s’avèrent tellement « énôrmes » qu’ils vous forcent à hurler comme malgré vous. J’aurais bien l’envie de retranscrire une chiée de ces sublimes « âneries » mais je vais me
calmer et ne vous en offrir que quelques-unes : Une étude scientifique tendrait à démontrer que des caleçons trop lâches augmentent les risques de burnes-out… • Dans « La Fanette » de Brel, la plage est pas si déserte que ça : « Nous étions 2 amis et Fanette et Mémé… » Ça fait déjà 4 ! • Quand je pense que j’ai même pas de décodeur alors que Jésus, lui, utilisait déjà la parabole… • Mon chauffagiste est formidable . Il est hyper doué. On l’appelle « L‘homme qui murmure à l’oreille des chauffe-eau ». • Arrestation rondement menée mais patiemment mise en place par la police de Los Angeles. C’est un beau coup de filet américain préparé ! Etc. Et tout du même tonneau. Ne ratez pas les chapitres « Dictons, adages, proverbes et autres trucs du style » et « Citations célèbres ou pas… », c’est du nanan. Sur ces « sublimes ignominies », je vous salue bien bas.

 

André STAS, R.

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