Perles aux cochons

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Voilà, le dossier se termine et on n’a pas parlé du punk : on vous aura bien eu ! À celles et ceux qui s’attendaient à en apprendre beaucoup à ce propos dans les pages précédentes et qui nous maudissent à présent ou sont tout simplement déçus, nous adressons ces quelques conseils. Tout en rappelant que ce n’est pas forcément parce qu’on ne parle pas de quelque chose qu’on ne l’a pas à l’esprit…

The Future is unwritten, film de Julian Temple sur Joe Strummer. Parce qu’il y a Future dedans. Mais surtout pour cette scène belle à pleurer où l’idolâtré leader des Clash se retrouve, dans le trou du cul des States, à distribuer des flyers, gribouillés de sa main, au gros feutre, à des passants qui n’ont jamais entendu parler de lui, encore moins de son groupe d’alors, les Mescaleros, à peine des Clash. La quarantaine bien tassée, enrobé, il est aux anges, l’innocence retrouvée. Heureux simplement d’être vivant et d’aimer les gens. La mort est au tournant, pourtant.

Le premier Ramones. Pour une rime : Beat on the brat with a base-ball bat (oh yeah). L’ultime allitération. Boum boum! Bang bang bang! On les entend, les coups. Le morveux (brat) ne va pas s’en relever et le vieux Racine (Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes) peut aller se rhabiller.

Les deux premiers albums de Suicide. Pour le nom du groupe, plus No Future que ça tu meurs. Et pour Alan Vega, mutant magnifique, apache glauque beau à faire peur, et ses petits cris au bout de la nuit.

England’s Dreaming, de Jon Savage, bien sûr. Mais vous l’avez déjà. Alors plutôt Please Kill Me, paru dans la même collection très classe, de Legs McNeil et Gillian McCain. « L’histoire non censurée du punk racontée par ses acteurs. » Le punk aux États-Unis et au sens large. Du Velvet Underground aux New York Dolls en passant par Television, MC5, les Stooges… « Please Kill Me », c’est ce que Johnny Thunders avait graffité sur son tee-shirt, un soir. Un seul soir, car les fans, en ce temps-là, prenaient leurs idoles très au sérieux.

P.I.L. en concert. Parce qu’un dinosaure en vie, surtout s’il a été punk, ça ne court pas les rues. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise aujourd’hui – par exemple qu’à la mort de Margareth Thatcher il n’a ressenti que de la tristesse, « parce que c’est un être humain, et une mère ! »

Just Kids de Patti Smith. Récit de son amitié et de sa liaison avec le photographe Robert Mapplethorpe. Roman d’amour éternel et d’initiation. Pas cul-cul pour un sou. Émouvant et inspirant. Punk ou hippie, Patti? Elle est en tout cas à la fois une sorcière, une prêtresse, une copine (même pour les mecs) et un sosie de Keith Richards.

Down by the Jetty, le premier Dr. Feelgood, avec Roxette et She does it right. Pour le jeu de guitare à la serpe de Wilko Johnson (le bourreau dans Game of Thrones – le saviez-vous?), bien sûr. Mais surtout pour le chant, hyper tendu, de Lee Brilleaux. On comprend mieux, en le voyant, ce que « violence contenue » veut dire.

La vidéo des Cramps, Live at the Napa State Mental Hospital, en 78. Johnny Cash à la prison de San Quentin, c’est déjà pas mal, mais un groupe de psychobilly en concert, à fond dans le rouge, dans un HP… Des fous chez les fous? Pas si simple. Comme le dit Lux Interior en intro, « on m’a dit que vous étiez fous, j’en doute. Vous avez l’air d’aller très bien ». Jamais un groupe et son public n’ont connu une telle empathie. Électrochoc compassionnel. Tout le monde a l’air tout à fait à l’aise, en tout cas. « Stay sick ! »

Green Day. « The Clash light », comme les appelait Frank Black. Parce que c’est le groupe préféré de ma fille et pour cette lumineuse anecdote : « Un jour, raconte Billy Joe Armstrong, un mec s’avance vers moi et me demande “c’est quoi, le punk?” Alors, je shoote dans une poubelle et je lui dis “c’est ça, le punk”. Du coup, il shoote dans une poubelle et dit “ça c’est punk?”
Je lui réponds “non, ça c’est tendance”
». Le punk est mort, l’année même où il est né, comme l’expliquait Johnny Rotten, quand tous les punks ont enfilé le même uniforme.

Glenn Gould. Sonates pour piano de Mozart, qu’il assassine en l’assaisonnant à la sauce baroque. Et qui balance: « Mozart est mort trop tard ». Oh yeah.

Sleeper, le dernier Ty Segall. Un album de deuil (celui de son père) à la guitare acoustique. La même guitare dont Ed Hamell disait qu’elle est la meilleure arme de destruction massive. Que disait d’autre l’autocollant sur les guitares (acoustiques) de Woody Guthrie ? « This machine kills fascists. »

Préliminaires d’Iggy Pop. Directement inspiré de La Possibilité d’une île de Houellebecq – faut le faire, quand même! Mais surtout pas son autre album francophile à l’eau de rose (Après), mielleux à vomir.

Yoko Ono. Parce que personne ne l’aime. « La culpa de todo la tiene Yoko Ono » (Tout est de la faute de Yoko Ono) chantaient les Def Con Dos, groupe de rap métal espagnol. Et Courtney Love, pour la même raison, parce que personne ne l’aime (à peu près pour les mêmes raisons, d’ailleurs).

Nirvana. Pour le beau cadavre que nous a laissé Kurt Cobain. Et parce qu’on n’a pas reçu de claque aussi cinglante depuis.

Lou Reed. En hommage respectueux et reconnaissant. Parce que je ne pense pas, moi, comme Jésus, ce punk, qu’il faut laisser les morts enterrer leurs morts.

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