L’avenir pour hobby

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Voyant-e-s et autres diseuses de bonne aventure jouissent d’une réputation mitigée. Supposément détenteurs d’un savoir qui hante les rêves de l’humanité depuis des millénaires, ils passent aujourd’hui à la télé, on les consulte en ligne, on peut même leur envoyer des demandes par sms (1,50 euros par message envoyé ou reçu) mais tout le monde ne les prend pas au sérieux. Comment ceux et celles qui ont ce rapport particulier au futur vivent-ils la pratique de l’art divinatoire? Rencontre avec deux tarologues, avant de leur poser quelques question sur l’avenir de la Wallonie.

A.Dupont a 43 ans, il est médecin et se dit « cartésien » : ces « histoires de voyance », il n’y croyait pas trop,  jusqu’au jour où un ami lui tire les cartes et découvre ce qui allait effectivement lui arriver. Il comprend que « c’est l’occasion d’y croire » et, de fil en aiguille, il apprend la grammaire du tarot : « Peu après, j’ai osé le faire pour les autres, je me suis vite rendu compte que les cartes me parlaient. »

Pour Julie, assistante de direction qui s’est reconvertie professionnellement au travers d’études de guide-nature, d’herboristerie et d’apiculture, son histoire avec la voyance commence il y a trois ans : « Une amie m’a tiré les cartes et m’a révélé des choses assez bluffantes sur ma vie, ainsi que des dates d’événements dont elle n’aurait pas pu être au courant. Prenant ces révélations très au sérieux, je lui ai demandé de m’expliquer comment elle faisait pour savoir. Mais elle ne voulut pas m’en dire plus, me précisant que dans sa famille, ce savoir se transmettait de mère en fille. Je restai donc sur ma faim. »

« La voyance fait peur, les gens pensent qu’ils vont apprendre des mauvaises nouvelles, mais même si c’est le cas, on cherche toujours une solution pour contourner le problème »

Depuis, elle tente de percer le secret de cet art divinatoire sans y parvenir. Il y a deux mois, le destin s’en est mêlé : « Je suis retombée par hasard sur mon ami A. Dupont qui, lui, a fait une formation en tarologie et voit les choses d’une autre manière. Pour lui, le tarot est un savoir fait pour pouvoir se transmettre, orienté vers le partage. Nous en avons discuté et il a accepté de me former à cet art. Depuis, on s’est vus quelques-fois et il m’a expliqué comment regarder les cartes, leur symbolique dans les grandes lignes, leur sens (envers ou endroit ne signifiant pas la même chose, les associations entre elles, etc.). J’ai tout de suite accroché ! »

Pour ces deux cartomanciens, il n’est pas question de faire du tarot un métier. Tirer les cartes reste une sorte de hobby qui leur permet de développer leur technique tout en leur permettant de rendre service. « Je veux apprendre le tarot pour aider les gens si c’est possible, mais en faire une profession n’est pas un de mes objectifs actuels, je ne pense pas qu’on puisse vivre de ça », affirme Julie. De son côté, A. Dupont donne des consultations gratuitement, ou parfois fait du troc avec le consultant, par exemple un petit café en échange d’une lecture des cartes. « Il y a de l’énergie qui passe quand on tire le tarot à quelqu’un. Pour que ça marche, il faut qu’il y ait un retour, même si ce n’est pas grand chose, ça ne peut pas être pour rien », affirme le tarologue.

Tous deux pratiquent le tarot de Marseille, qui leur permet de deviner le futur, mais aussi de voir le passé et le présent : « Dans ma recherche, c’est ce tarot me parlait le plus, en me servant évidemment de la grammaire et de l’encyclopédie pour affiner le sens du regard », nous révèle A. Dupont. Sa méthode de travail est bien définie : « Je ne donne des réponses qu’à des questions précises, que je demande aux consultants de me poser. Si je vois quelque chose d’autre et que la personne ne me l’a pas demandé, je ne lui dis pas. Il faut
avoir un grand respect envers le consultant. 
» Ce respect sert de rempart contre les craintes de ceux qui accolent à la voyance la réputation d’annoncer des destins funestes : « Elle fait peur, les gens pensent qu’ils vont apprendre des mauvaises nouvelles, mais même si c’est le cas, on cherche toujours une solution pour contourner le problème. Les conseils du tarot vont guider la personne pour l’affronter. J’essaie toujours d’expliquer qu’il faudra faire certaines choses pour l’éviter, et je tente toujours de rassurer. »

Voir le futur peut cependant se révéler dangereux. Surtout au début, quand on a tendance à consulter les cartes à propos de tout et de n’importe quoi. « Je suis une personne qui s’amourache assez facilement de tout ce qu’on peut lui apprendre. J’en étais arrivée à un point où je me réveillais pendant la nuit car des questions d’ordre sentimental me venaient à l’esprit et il fallait que le tarot me donne des réponses », nous raconte Julie. D’après A. Dupont, il est normal d’agir comme ça quand on débute. D’autre part, le poids du futur peut peser sur celui qui le connaît, notamment quand il ne s’annonce pas bon et qu’il ne peut pas le révéler à ses proches. « Dans les premiers temps, je vivais ça comme une frustration, après j’ai appris à garder le secret. Ensuite, quand les gens apprennent que tu l’avais vu, ils te font des reproches, c’est très dur, mais je ne peux pas leur faire du mal. Il ne faut pas prendre à cœur leurs reproches. En tant que médecin, j’ai appris à me détacher, ce qui m’a beaucoup aidé. »

« Bart De Wever va avoir de gros problèmes, il sera menacé de mort, je vois la mort au sens propre… peut-être même une tentative d’assassinat! »

Nos deux tarologues ont déjà senti peser sur eux un poids d’un autre genre : celui du doute concernant les capacités humaines à prédire le futur. Une forme de suspicion qui pourrait d’ailleurs croître à mesure que notre vieux désir de connaître de quoi sera fait l’avenir trouve à s’assouvir dans des constructions algorithmiques : comparé au tarot, le data-mining (l’art de faire dire quelque chose de significatif aux données) se présente comme une science dure. Et ne dit-on pas que grâce à ça, Google sait prédire une épidémie de grippe ?

« Pour moi, le tabou de la voyance, c’est un peu comme celui de l’homosexualité. Je le vis aussi et ça ne va pas s’arranger, ça ne va pas aller en s’améliorant. Depuis la nuit des temps, on considère mal ce savoir, s’il n’y avait pas la loi, on continuerait à nous attaquer », déclare le docteur Dupont. Et pourtant, selon lui, le tarot peut aider à construire son futur, à éviter des erreurs, à trouver des solutions aux problèmes rencontrés. « Il faut choisir son destin, sinon le destin choisit à notre place », conclut le tarologue.

L’avenir de la Wallonie dans les cartes

En Wallonie, à tous les niveaux de pouvoir, on mène des politiques volontaristes pour changer l’image de la région et séduire les investisseurs. Est-ce que ça va payer ? Est-ce que ça va permettre à la région de réussir (enfin) sa reconversion ? La Wallonie a été « obligée » de faire des choix suite à la récente crise, des décisions considérables ont été prises pour améliorer son image et la rendre plus compétitive. Ces décisions ont été prises par un homme. La Wallonie connaîtra des changements majeurs dans son développement et parviendra à retrouver un équilibre intéressant et une compétitivité certaine. [Julie]
Récemment, l’ensemble des forces vives de la ville de Liège présentaient à la population un plan de city branding ambitieux – puisqu’il s’agit de « remettre Liège sur la carte de l’Europe ». Est-ce que ça va marcher ? Cela prendra plus de temps que prévu, mais au bout du compte, Liège sera mieux connue internationalement. Elle aura cependant besoin de personnes phares qui aideront, de manière très utile, à relancer son image. [Julie]
Si les actuelles politiques de reconversion de la région ne marchaient
pas, qu’est-ce qu’on deviendrait ? Est-ce que d’autres plans verraient le jour ? Il y a encore du chemin à parcourir et il faudra prendre son mal en patience, mais l’issue sera positive. Je vois à nouveau des personnes émergentes apporter leur contribution. Guides et personnes dirigeantes aideront à la construction d’une nouvelle Wallonie qui s’ouvrira au monde. [Julie]
Est-ce que les Flamands vont nous quitter ? Et si oui, qu’est-ce qu’on va devenir ? Oui, les Flamands vont nous quitter. Bart de Wever veut un pays avec deux frontières et ce sera assez hard. Il va avoir de gros problèmes, il sera menacé de mort, je vois la mort au sens propre… peut-être même une tentative d’assassinat ! Mais la convention de Genève, et d’autres choses du genre, finiront par nous sauver. Cependant, nous, Wallons, perdrons beaucoup de contrats au profit de la Flandre. [A. Dupont]

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