Hollaback ! Bruxelles

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Un collectif mixe contre le harcèlement en rue

Pour certaines féministes, le harcèlement en rue est considéré comme un « rappel à l’ordre » signifiant aux femmes ou à d’autres catégories de personnes, que leur accès à l’espace public et donc à la vie politique, reste illégitime. Le mouvement Hollaback ! milite internationalement contre ce phénomène peu reconnu. J’ai rencontré Quentin Daspremont, « allié masculin » de la cause féministe, pour un entretien exclusif autour du collectif local Hollaback ! Bruxelles.

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Hollaback est un terme anglais. « Holla », est un le fait d’interpeller agressivement une personne. « Back » signifie « retour » , qui doit être compris comme « réagir à ça ». En français, on le traduit par le fait de riposter. L’idée, c’est de relater quelque chose qui est en train de se passer.
A l’origine, avril 2012, il y quatre filles : Ingrid, Julie, Angelica et Anna. Elles avaient, chacune de leur côté, envie de faire quelque chose sur la problématique du harcèlement en rue. Elles se sont rencontrées parce qu’elles participaient à d’autres actions, notamment les SlutWalk. Elles ont entendu parler d’Hollaback! et ont eu l’idée de créer ça à Bruxelles.

Vous travaillez donc sur le harcèlement en rue ?
Oui, sur tous les faits de violence au sens large du terme, en fait.  Ça peut être physique mais aussi verbal, ça peut concerner les regards lourds dans la rue… C’est principalement lié au genre mais il y a aussi les questions de l’homophobie et du racisme qu’on ne met pas de côté.

Comment reconnaît-on le harcèlement en rue ?
Dès qu’un regard trop soutenu met mal à l’aise, on peut déjà commencer à parler de harcèlement.  Pour beaucoup, c’est difficile à comprendre car ils pensent que le harcèlement, c’est forcément quelque chose de continu et de répétitif dans le temps. D’autres pensent aussi que c’est forcément physique. Selon nous, ça se produit dès qu’il y a un sentiment de malaise de la part de la personne qui en fait l’objet et que l’autre personne refuse d’en tenir compte.

Le premier moyen d’action promu par Hollaback !, c’est « raconter » ?
Oui, parce qu’on se rend compte que très peu de victimes parlent du harcèlement qu’elles ont subi et qu’il y a très peu d’espace pour en parler. On veut que les victimes soient entendues. Et on leur donne un espace où elles peuvent s’exprimer : le site internet.
Récemment, il y a même une application qui vient d’être créée pour raconter les histoires de harcèlement, elle permet de raconter son histoire depuis son Smartphone et est téléchargeable gratuitement sur le site.
Dès qu’une personne dépose un récit, un point qui s’affiche automatiquement sur une carte en ligne, à l’endroit où s’est déroulé le harcèlement. C’est un moyen de géo-localiser les agressions et d’interpeller par le visuel les personnes qui n’auraient pas le temps de lire les récits. Et  c’est aussi un moyen de faire pression sur les autorités locales qui n’ont évidemment pas intérêt à ce que leur ville engrange les points d’agressions.
Selon toi, quelle est la raison pour laquelle on n’a pas prévu d’espace de parole pour dénoncer le harcèlement en rue ?
C’est un phénomène qui a été vraiment banalisé, dont on dit souvent qu’il est « normal ». La société actuelle est encore très masculine même si on pense être arrivé à l’égalité. Il y a des fondations qui sont basées sur le modèle masculin. On considère souvent qu’il n’y a « rien de mal » au harcèlement en rue, parce qu’on ne s’est jamais mis du côté des victimes.

Quels types d’actions
collectives menez-vous ?

On a créé un projet qui s’appelle le « Chalk Walk » (Marche à la craie) dans cet esprit de réclamer l’accès pour tous à la rue. Une personne, en général une victime, se rend à l’endroit où elle a subi le harcèlement, pour écrire à la craie sur le trottoir « J’ai été agressée ici mais cette rue m’appartient aussi ». Nous, on organise l’action : on invite toutes les personnes de notre réseau à venir, on précise l’endroit et l’heure et on suggère à tout qui le souhaite d’exprimer un message à la craie. La craie, c’est pratique parce qu’on n’a pas de souci avec les autorités, puisque ça s’enlève. Et en même temps, c’est un signal fort parce que tout le monde peut voir ça, en tout cas, toutes les personnes qui passent dans la rue. Et puis, on a créé un Tumblr qui reprend toutes les photos de ces messages à la craie.

Suite au reportage de Sofie Peeters, la ville de Bruxelles a annoncé qu’elle allait mettre en place des sanctions administratives au harcèlement en rue. Qu’en pensez-vous ?
On voit dans les chiffres qu’il y a peu de sanctions de fait. Et on sait que ce n’est pas avec ça que les choses vont changer. C’est important qu’il y ait une reconnaissance juridique du phénomène mais on ne peut pas se limiter à ça. Pour nous, il faut surtout que le politique donne plus de moyens aux associations de terrain et qu’on puisse mettre en place des choses concrètes pour que les victimes soient écoutées. Il faut aussi qu’on puisse agir concrètement via l’éducation au genre. Les écoles ont un rôle à jouer mais les parents aussi. Et puis, les médias évidemment…

Quels rôles jouent les médias dans ce phénomène ?
Au sein d’Hollaback !, on parcourt chaque jour les médias pour voir ce qui s’y raconte. On se rend compte qu’il y a pas mal de médias qui renvoient cette image de la femme-objet. Il faut une éducation des médias à cette question. Mais c’est difficile parce que dès qu’il y a dénonciation d’une image sexiste, la plupart du temps, c’est attribué à des « féministes ringardes » qui n’ont pas d’humour… Ce qu’il y a, c’est que bien souvent, la critique adressée à une image vaut pour une multitude d’images, vues par des personnes qui ont conscience du phénomène… Donc à chaque fois, c’est comme une goutte d’eau en plus dans le vase déjà plein. Et il y a de l’émotion…

Et toi, on te traite parfois de féministe ringard ?
Non, en général, j’évite la critique à ce niveau-là, parce que j’ai conscience que les gens n’ont pas les mêmes outils d’analyse que moi, donc je ne les attaque pas, je leur explique les choses. Je leur dis : « Je comprends ton point de vue mais ce n’est pas correct parce qu’il y a ça et ça et ça à prendre en compte ».
Le propos défendu par Hollaback !, par exemple, ce n’est pas d’empêcher un homme d’aller vers une femme et de lui dire « Je te trouve jolie et j’ai envie qu’on aille boire un café pour faire connaissance ». On dit juste qu’il y a une manière de faire les choses pour ne pas brusquer la personne. Si on voit une personne dans le métro avec ses écouteurs, il y a de fortes chances pour qu’elle n’ait pas envie d’être dérangée. On dit qu’il faut prendre conscience de tous les signaux qu’une personne envoie. Peut-être n’est-on pas la première personne de la journée à l’aborder mais la dixième personne. Du coup, la réaction peut être dure mais il faut essayer de comprendre.

Quelle a été ta motivation à rallier le groupe, en tant que garçon ?
J’ai souvent droit à cette question et franchement j’ai du mal à y répondre parce que c’est une multitude de raisons, un parcours de vie qui fait que je me suis retrouvé là… Pour résumer, je crois que j’ai eu conscience, à un moment donné qu’il y avait un problème,  pas seulement par rapport au harcèlement de rue mais par rapport à l’égalité homme-femme en général. J’ai senti que j’avais besoin de comprendre plus.
J’ai fait des
études d’assistant social et dans un des travaux de fin d’année, je me suis intéressé aux violences conjugales. Là, j’ai commencé à décrypter le monde masculin, la manière dont il avait été bâti et comment les rapports homme-femme se sont construits. Et j’ai fait mon stage, en dernière année, à l’Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes. J’ai réalisé  un  mémoire sur la discrimination professionnelle des femmes. Tout ça m’a aidé à prendre conscience de toute la problématique de l’égalité homme-femme.
Un jour, j’ai lu sur un internet une fille qui racontait qu’ « une fois qu’on a les lunettes de genre, on ne sait plus les enlever ». C’est vraiment ça. Une fois qu’on prend conscience de tous ces mécanismes, on ne peut plus nier tout ça.

Tu parles de ton engagement avec d’autres hommes ?
Oui, ça m’arrive parce qu’Hollaback, c’est un engagement qui me tient à cœur et donc j’en parle autour de moi. Honnêtement, par le passé, quand j’étais adolescent, j’étais aussi un garçon qui reproduisais certains phénomènes machistes malgré moi parce que je n’avais pas conscience de tout ça. Avant, j’aurais pu rigoler à des blagues un peu sallaces. Maintenant, ça ne me fait plus du tout rire et je le montre. Et progressivement, je remarque que les garçons autour de moi ont tendance à ne plus faire ces blagues-là… Il y a moyen donc. Il faut avoir de la patience et viser sur le long terme. Parce que c’est difficile de lutter en une minute contre un conditionnement qui existe depuis si longtemps.
De toute façon, c’est dans l’intérêt des hommes en général de s’intéresser à ça sinon ils vont participer à un mal-être général dont ils n’ont pas conscience.

Comment concrètement commence-t-on un groupe « Hollaback » dans sa ville/sa région ?
C’est assez simple, car il y a tout un « kit de départ ».  Il faut contacter le groupe Hollaback ! de New-York, qui est à l’origine du mouvement, en leur disant qu’on aimerait créer un groupe là où on vit. A ce moment-là, la première étape c’est qu’ils mettent un site internet à disposition. Après, on reçoit des formations.  Ca se passe via des vidéos qu’on appelle vulgairement des  « webinaires » , c’est-à-dire séminaires sur le web. Il y a des formations pour gérer le site mais aussi des formations sur la manière de communiquer dans les médias, de répondre aux attaques des journalistes ou encore sur la manière d’animer un groupe de volontaires…
A bon-ne entendeur-euse, salut….

Hollaback ! http://www.ihollaback.org/
Hollaback ! Bxl http://brussels.ihollaback.org/fr/
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Twitter https://twitter.com/hollabackbxl
Tumblr http://wechalkwalk.tumblr.com/

 

HOLLBACK ! EN CHIFFRES

Le premier groupe Hollaback ! a été créé à New-York en 2005 par 4 femmes et 3 hommes.
Le concept Hollaback s’exporte hors USA en 2010.
Depuis 2010, Hollaback ! a récolté 3993 histoires de harcèlement, en 11 langues différentes.
En Belgique, il existe 3 groupes Hollaback ! : à Bruxelles, à Gand et à Anvers.

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