HelloGirls !

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Vous les avez peut-être déjà croisé lors de festivals de musique ou lors de vernissages. Masqués de cagoules noires avec de grandes oreilles de lapin, ils posent leur stand, mettent de la musique et sérigraphient des crêpes avec du chocolat, qu’ils distribuent ensuite gratuitement – le tout en faisant la fête. Ils font partie de cette diaspora verviétoise qui a déployé son art et sa créativité dans de nombreux projets « underground » à Liège.

image helloMais qui sont-ils ? C’est un duo d’artistes sérigraphes formé par Kevone et Renzoh, tous deux sortis de l’Institut supérieur de Saint-Luc Liège, l’un avec une spécialisation en graphisme, l’autre en illustration. Tous deux travaillaient dans le domaine graphique, de l’imprimerie à la sérigraphie industrielle, avant de créer, il y a cinq ans, le projet Hellogirls !

Kevone nous raconte leurs débuts : « on a créé notre premier atelier de sérigraphie chez Renzoh, c’était un minuscule atelier en partie dans la cuisine, dans les toilettes et dans la salle de bain. Ensuite, on a déménagé dans un hangar chez ma grand-mère, à Grand-Rechain, un village près de Herve. C’était un tout petit truc, on avait juste deux, trois commandes d’amis ».

Il y a trois ans, ils décident d’emménager à Liège et « à partir de ce moment-là, tout s’est enchaîné ». Les commandes augmentent et, grâce à une collaboration avec les Ateliers d’Art Contemporain, ils reçoivent une bourse qui leur permet d’acheter du matériel. Ils installent leur atelier dans le quartier Saint-Léonard, où il restera environ un an et demi pour ensuite déménager dans le même quartier, rue Lamarck.

Ils se définissent « artisans sérigraphes » tout en étant artistes : « on se dit artisans, car on n’a pas envie de travailler de façon industrielle, on ne vient pas chez nous pour nous demander cinq mille tee-shirts. Nous, on préfère travailler avec des artistes qui veulent faire de petites séries d’impressions, que ce soit des affiches ou des tee-shirts. Et on se considère également artistes, parce que c’est notre formation et qu’on dessine tous les jours des motifs qu’on imprime pour nos collections. »

HelloGirls ! Encore meilleur pour l’environnement

Attentifs à l’environnement, à leur santé et à leur portefeuille (ainsi qu’à celui des autres), les membres de HelloGirls ! travaillent avec des encres à base d’eau, n’utilisent pas de solvants, et leurs produits de nettoyage sont écologiques et biodégradables. Ils font de la récup’ « un maximum », que ce soit au niveau de la construction des cadres ou du papier. Kevone ajoute : « tout le papier qu’on utilise vient d’imprimeries qui n’en veulent plus » Idem pour le textile – et s’ils en achètent, c’est du bio fair trade : « Faire travailler des petits Chinois à bas prix, ben ça nous intéresse pas trop ».

Il y a une volonté manifeste de rendre l’art accessible à tous : « nous, on essaye de rendre notre travail accessible financièrement, on travaille énormément avec de la récup’, du coup le prix de revient de nos produits est super bas. Certes, il y de la valeur ajoutée avec nos images – on ne compte plus nos heures, c’est une vraie passion – et c’est quelque chose qu’on fait avec plaisir. Ce qui nous intéresse principalement, c’est que la personne soit satisfaite. Bref, on n’a pas envie de se vendre ni de vendre nos objets hors de prix ».

 Influence du Pop Art : « esthétique ou bizness plan » ?

« L’influence que l’on pourrait avoir du Pop Art, c’est surtout la reproduction de nos motifs. Andy Warhol 1 utilisait la sérigraphie pour multiplier le nombre d’exemplaires, mais à l’époque, il n’ y avait pas beaucoup d’autres système d’impression. On peut dire qu’il a initié un mouvement vraiment commercial. » La comparaison s’arrête là. Car le bizness, ce n’est pas pour eux : « Nous, on n’est pas dans l’optique commerciale à tout crin, même si on aime bien reproduire nos images et les vendre. C’est vrai, il y a aussi cet effet d’art éphémère : on fait nos petites créations, on les vend, les gens les achètent, on participe à ce cercle de l’argent qui tourne. Mais on essaye toujours de proposer de petites choses à bas prix ».

Les projets de HelloGirls !

Entre la braderie de l’art de Liège ou de Roubaix 2, ils trouvent le temps de donner corps à leur idées qui « ne manquent pas, c’est plutôt le temps qui fait défaut ». Ils ont créé une petite marque de vêtements : « on imprime sur des tuniques, on recoupe les textiles pour en faire des petites robes et on fait de la sérigraphie dessus. Pour ça, deux stylistes nous ont rejoints » ; en imprimant « n’importe comment dans tous les sens, de toutes les couleurs, à la fin on est super contents du résultat ! La preuve, c’est qu’en général, on vend tout. Et c’est à chaque fois une pièce unique ». Renzoh ajoute : « On voudrait développer de la “Guerilla Marketing”, en ouvrant des points de vente éphémères. Tu poses ton van sur la place du village, et tu installes ton stand, ou encore l’idée de “squat store”, en occupant des magasins abandonnés quelques temps… » Il y a aussi le projet des petites culottes bio et fair trade : « On imprime sur les tissus, puis on envoie ça dans un atelier protégé à Ans, où ils assemblent les culottes ». Puis, il y a la sérigraphie grand format : « uniquement avec du matériel de récup’, on monte des grands cadres pour faire des portraits. Le plus grand qu’on a réalisé est de trois mètres sur deux ». Ils ont aussi inventé un mini-kit de sérigraphie : « Un petit kit qui tient dans une boîte d’allumettes et qui permet d’imprimer un petit motif inclus dans la boîte, aussi bien sur des vêtements que sur du papier. »

Avec tout ça, et sans oublier leur boulot d’enseignant sur le côté, ils font aussi des stages, surtout lors des congés scolaires. « On fait ça, soit chez nous, soit en déplacement ». « Là, on revient d’une maison de jeunes à Stavelot. Ils avaient comme projet de refaire les tissus de leurs divans. On est allé leur montrer comment on faisait de la sérigraphie. On est arrivé avec notre matériel, on a monté les cadres avec eux et on a leur expliqué comment mettre la toile et comment faire leur dessin. Maintenant, ils se débrouillent seuls pour imprimer leurs divans, tee-shirts et petites affiches ». Parce que « l’art », ils aiment aussi le transmettre. Kevone insiste : « N’importe qui peut venir me trouver pour avoir un conseil en sérigraphie. Il peut venir à la maison, je lui prêterais du matériel, il n’y a aucun souci. On a monté un deuxième atelier à la Zone, et ils se débrouillent seuls aussi maintenant. J’ai aidé aussi à monter un atelier au CSOA Passepartout et un autre dans le quartier Saint-Léonard ». Et la concurrence ? Ils ne pensent pas dans ces termes-là : ce n’est pas leur problème, ils s’en foutent.

Les commanditaires

Avec une équipe qui s’agrandit en fonction des projets et des événements auxquels ils participent, renforcés par des stagiaires venant des différentes écoles d’art de la région, HelloGirls ! a des commanditaires assez variés : « On a vraiment de tout… Il y a peu, on a travaillé pour un ami anglais qui a une grosse marque de vêtements. Il nous a demandé d’imprimer des tee-shirts pour lui et ses potes. Résultat, t’as des joueurs de foot comme Daniel Van Buyten ou Romelu Lukaku qui portent des tee-shirts HelloGirls  ! On a imprimé pour des groupes de musique (“Les retardataires”, “Herrmutt Lobby”) et on a produit des petites affiches pour les “Transbarbantes 3. On travaille surtout avec le bouche à oreille… Ça fait quelques années qu’on est installés. Les gens savent qu’il y a deux punks avec un petit atelier de sérigraphie à Saint-Léonard. »

Vous avez dit copyright?

Ils ont décidé de mettre à l’abri une partie de leur travail, « surtout la partie création ». Au début, ils n’y pensaient même pas. Renzoh précise « ce sont des gens qui sont venus nous trouver et qui nous l’ont suggéré. Quand on trouve nos deux, trois petites bonnes idées, il s’agirait de les faire breveter par un organisme qui s’appelle l’OBPI. C’est un organisme indépendant qui protège la propriété intellectuelle sur le Bénélux ». Même si les membres de HelloGirls ! sont favorables au copyleft dans la majorité des cas, ils ont pris cette décision « au cas où, dans deux ans, quelqu’un veuille dans le monde faire une énorme machine commerciale avec une de nos idées. C’est juste une façon de dire “on n’est pas d’accord mais on ne veut pas non plus d’argent”. Chaque artiste (dans le coin de sa tête et de son cœur) a envie de protéger ce qu’il a créé, parce que ça lui fait toujours un peu mal de voir une de ses créations déformée ». Il faut dire que c’est une protection valable surtout en Europe « parce que les pays d’Amérique du sud, d’Asie ou la Chine, ils se foutent du copyright. Ils y vont comme des bourrins. Et si un jour, eux prennent notre idée, ben nous, on n’aura pas grand chose à dire. »

Ce serait tout de même un peu bizarre s’ils trouvaient, un jour, en se promenant sur la Batte, des tuniques fabriquées en Inde avec leurs motifs…

== http://hellogirls.be ==

 

Propos recueillis par Donatella Fettucci

 

Notes:

  1.  Warhol considéré comme l’un des
    pères du Pop Art.
  2.  Vidéo BDA Liège, 2012 http://player.vimeo.com/video/53232575

    Vidéo BDA Roubaix, 2011 : http://vimeo.com/33829642

  3. Un festival qu’ils co-organisent.

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