Les « bonnes » résolutions écologiques pour 2012 ? L’austérité joyeuse !

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Subies ou choisies, des résolutions en termes écologiques sont à prendre pour cette année. Celles-ci sont autant le fruit de contraintes, parce qu’on n’a plus les ressources nécessaires pour consommer autant c’est ce qu’on appelle la décroissance forcée que d’une volonté de respect de soi-même et de la nature. On parle ici de simplicité volontaire. 

Mais quelle est la différence entre « crise » et « décroissance », entre l’austérité que les citoyens vivent (hausse des prix énergétiques) et la simplicité volontaire? Pour y répondre, nous avons rencontré Robin Guns, 25 ans, qui habite Bruxelles et travaille au sein des « Amis de la Terre-Belgique », une ONG qui s’inscrit dans le mouvement « villes en transition».

« Il faut commencer par éclaircir le concept. Le terme «décroissance» est un mot qui fait peur au grand public, qui pourrait peut-être croire que cette décroissance arriverait avec la crise et la fin de la croissance économique. Jean-Baptiste Godinot, du Mouvement politique des «Objecteurs de croissance », déclare que le terme « décroissance » est un concept « obus », pour déranger la conscience collective en la questionnant et en voulant la faire sortir de son schéma prédominant. Mais d’autre part, il ajoute qu’il faut défendre ce terme parce que de toute façon, on ne va pas pouvoir continuer à vivre comme on vit éternellement.

Serge Latouche 1 dit souvent que la décroissance heureuse ne peut l’être que dans une société «décroissante». La décroissance dans une société basée sur la croissance, il n’y a pas grand chose de pire. Et c’est exactement ce qui est en train de se produire actuellement. La société n’accepte pas l’idée de consommer moins alors que l’on est en plein bordel financier. Le tout couplé aux problématiques énergétiques. C’est un peu se voiler la face que de croire que l’on réglera les problèmes avec les énergies renouvelables.

Ce qui est fondamental, pour moi, c’est que la décroissance est avant tout un mouvement d’idées, de valeurs, avant d’être un système financier global. Maintenant, pour répondre plus concrètement à la question, la décroissance, c’est choisi, alors que l’austérité, c’est subi.

Dans le mouvement des «villes en transition» 2, on ne se dit pas «pour ou contre la croissance», on affirme qu’on n’a pas le choix, qu’il vaut mieux s’y préparer que de subir un choc, comme c’est le cas en Grèce, et comme ça va arriver dans l’ensemble de l’Europe. »

Bien que le concept de décroissance ne soit pas neuf 3, il a été snobé par beaucoup pendant longtemps. Considéré comme rétrograde, on le décrivait comme mettant en scène un groupe d’hommes et de femmes voulant revenir à l’âge de la pierre. Le mouvement met en garde la société sur l’impossibilité de continuer à vivre au rythme de la croissance, d’un point de vue écologique, économique et éthique. La crise actuelle de ce modèle, les problèmes écologiques et les mesures d’austérité mises en place ont tendance à confirmer ces craintes. Robin nuance: « Latouche parle souvent de la «pédagogie des catastrophes» et c’est souvent ce qui revient dans les débats ou les conférences. «Nous sommes une petite minorité, comment est-ce qu’on va faire bouger la société ?». On en arriverait à souhaiter les catastrophes pour appuyer notre propos. C’est un piège, à mon avis, les
crises risquent de générer du repli, ou de l’étroitesse d’esprit, voire du
«totalitarisme vert», bref l’effet inverse de ce que l’on souhaite ».

Pour ne pas en arriver à subir la décroissance, mieux vaut commencer par la choisir, arriver à ce que l’on appelle « la résilience ». « Pour le moment, on n’a pas encore eu le « gros choc », et la transition consiste à préparer le terrain. La problématique du pétrole va faire grimper les prix. La résilience, un concept qu’on trouve dans le «Manuel de Transition» de Rob Hopkins, est une idée fondamentale dans la transition. Elle est employée dans pas mal de domaines. En ce qui nous concerne, on parle souvent du pic pétrolier ; c’est donc la capacité d’un système à pouvoir réagir positivement face à des chocs extérieurs. C’est pouvoir recréer un équilibre suite à des perturbations. Le but, c’est de créer un système re-localisé et diversifié. »

En même temps, la simplicité volontaire, comme la décroissance, peuvent trouver leur origine dans des difficultés financières pour déboucher ensuite sur la préoccupation environnementale. « D’un point de vue personnel, ce que je trouve génial, c’est que la décroissance prône une vision totalement systémique et n’accorde aucun crédit au capitalisme vert. C’est peut-être plus facile de moins consommer, d’être moins dans le système économique et de trouver des alternatives quand on n’a pas d’argent… C’est tellement plus facile d’acheter des choses inutiles et néfastes sans que cela nous rende plus heureux. Si on avait plein d’argent, peut-être qu’on ne se poserait pas de questions et qu’on prendrait le premier avion pour partir je ne sais où. Dans ce mouvement, il y a plein de portes d’entrée… financières, intellectuelles, éthiques. Pour moi, le message doit être totalement adapté au public. Les gens qui vivent dans la précarité extrême n’ont peut-être pas comme souci premier de sauver l’environnement…. Ce n’est pas si aisé, il y a toute une déconstruction de valeurs à faire. »

Certes, ce n’est pas simple, puisque comme l’indique A. Beauchamp dans l’article « La simplicité volontaire: un regard empathique » 4, « notre société est signée par la quantité, avoir toujours plus ferait notre bonheur. La consommation est devenue un mode de vie, la vraie raison de vivre. C’est à travers elle que nous sommes reconnus comme citoyens et que nous trouvons notre place dans la société ». Selon lui, si on fréquente les centres commerciaux, ce n’est pas forcément pour y acheter quelque chose mais pour signer notre appartenance à cette société dite de l’abondance.

La décroissance ou la simplicité volontaire trouvent leurs « adeptes » majoritairement dans les classes moyennes et supérieures. Dans les publics déjà fragilisés économiquement, certains n’auraient pas envie d’accomplir des actes qui les feraient «passer pour des clochards » alors que dans les milieux « bobos », récupérer un meuble dans la rue et le retaper donne l’impression de sauver le monde. Paradoxe ?

Pour d’autres, le fait d’avoir ou pas de l’argent n’est pas très important… Il subsiste encore des « simplicitaires » qui s’ignorent. Dans nos campagnes reculées (enfin, ce qu’il en reste), des gens des générations d’après-guerre vivent encore de manière « simple » sans être spécialement pauvres. Il subsiste toutes sortes de gestes anciens : faire le potager, bannir les plats préparés et les électroménagers, produire un maximum de choses soi-même (ses outils, son bois pour se chauffer, ses pots de confiture, etc.).

Ces gens-là vivent généralement loin des centres commerciaux et pensent vivre « normalement ». Ils n’ont probablement jamais entendu parler de simplicité volontaire.

Robin conclut: « C’est ça que je trouve fort dans ce mouvement, c’est qu’il n’amène pas de nouveauté. Il n’est pas là à donner des leçons qui ne viendraient de nulle part… il serait
plutôt l’essence même de l’ordre de choses. Quand je parle avec des personnes âgées, je me rends compte que notre génération (occidentale) est née dans une abondance qui n’a aucun sens. Il n’y a pas très longtemps, nos parents prenaient un bain par semaine et ce n’est pas pour cela qu’ils étaient plus malheureux. On revient toujours sur ce regard vers le passé, et la transition y fait référence, même si on ne veut pas revenir en arrière, mais plutôt s’inspirer d’hier pour se préparer de manière positive à demain
».

 

Donatella Fettucci

 

Notes:

  1.  Serge Latouche : économiste français, célèbre penseur de la décroissance. Son dernier ouvrage : Vers une société d’abondance frugale : Contresens et controverses sur la décroissance, Fayard/Mille et une nuits, 2011.
  2. Villlesentransition.net
  3. Nicholas Georgescu-Roegen est considéré comme l’inventeur du concept de décroissance et son principal théoricien. Il publie en 1971 un ouvrage titré The Entropy Law and the Economic Process. En 1979, Jacques Grinevald traduit l’ouvrage sous le titre Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie. [wikipedia]
  4.  A. Beauchamp,« La simplicité volontaire: un regard empathique », in Vers une écospiritualité. II, 2008 numéro 2, p. 45-53.
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