10ème Festival : La fin d’un cycle ?

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Le Festival Voix de Femmes a fêté cette année sa 10ème édition et ses vingt ans d’existence. Quatre jours durant se sont rassemblés à Liège tous les ingrédients qui ont fait le succès et la longévité de cet événement : musique, théâtre, danse, arts plastiques, ateliers, forums et rencontres. Une édition-anniversaire dédiée aux associations de femmes et qui offre à sa directrice, Brigitte Kaquet, l’occasion d’apprécier le chemin parcouru tout en réfléchissant à l’avenir du festival.

Pourquoi avoir dédié cette dixième édition aux associations? 

Aux associations de femmes ! Parce qu’on travaille avec elles depuis 2002. A Bruxelles d’abord, puis on a continué ce travail à Liège. C’est devenu une composante essentielle du festival, une dimension à laquelle on a donné de plus en plus d’importance. Au départ, elles étaient un peu – je ne dirais pas un épiphénomène, mais – un ingrédient qui venait s’ajouter au reste. En fait, le travail avec les associations de femmes a démarré sur l’idée de la diversité des publics et de l’accès de tous et toutes à la culture. C’est pour aller chercher les publics communautaires féminins qu’on s’est adressées aux associations de femmes, au départ. Mais on s’est rendu compte que le fait qu’elles viennent au concert n’était pas une chose évidente, qu’elles étaient généralement coincées dans leur vie familiale, dans leurs foyers, etc. On a entamé toute une démarche d’approche et de découverte de ce monde-là qui n’est pas facile. Les associations de femmes fonctionnent généralement par quartiers et les femmes qui sont d’origines différentes, qui ont souvent une famille à charge, qui sont en cours d’alphabétisation, vont dans ces associations et sont installées dans un certain rythme de vie. Ce qu’on propose, c’est d’inviter les femmes des différentes associations pour travailler ensemble et provoquer un résultat dans le festival. Ça fait maintenant quelques années qu’on travaille ainsi et on sent que c’est plus complexe que ce qu‘on pensait au départ. Cette collaboration est une élaboration constante, il faut toujours réinventer, se resituer, changer d’axe. Et néanmoins, c’est quelque chose qui est devenu vraiment très important dans notre action. Et puis, en pensant aussi de manière un peu plus philosophique au rôle des associations de femmes dans le monde, on réalise que la création d’associations quelles qu’elles soient de femmes ou pas est quand même le point de départ, d’une certaine façon, de la démocratie. Le fait que, nous, Festival Voix de Femmes, travaillons avec les associations de femmes, m’a paru important à souligner. Je trouve que le fait de leur dédier cette édition, plutôt qu’à une seule personne, exprimait bien leur importance leur apport à l’intérieur du festival.

Quel est le but de regrouper des associations de femmes qui viennent aussi bien du Nord que du Sud ?

On ne prétend pas résoudre quoi que ce soit, on n’est pas un observatoire général des associations de femmes ! Mais, pendant ce festival, on a, par exemple, fait une journée des associations de femmes où celles d’ici rencontraient des femmes de Mayotte ou du Rwanda qui sont artistes mais dont le système fonctionne en association. Le fait de rencontrer des artistes qui font partie d’associations de femmes et qui viennent d’ailleurs, je pense que c’est comme reconnaitre des personnes qui ont des statuts similaires de l’autre côté de la planète. Ça crée un sentiment de solidarité, ça renforce l’identité et je pense que ça apporte beaucoup. Finalement, c’est la même chose que des artistes de différentes cultures qui se rencontrent, le fait de se dire qu’on a le même parcours, qu’on soit un artiste, une mère de disparu ou une femme d’association. Finalement, le phénomène de renforcement et de solidarité s’effectue de lui-même à travers ces rencontres.

Comment évaluez-vous cette dixième édition ?

Le point fort, c’était pour moi la forme
des quatre jours, à Liège, avec une intensité remarquable, où toutes les dimensions étaient présentes. Tout au long de l’histoire du festival, chaque fois que quelque chose a été inventé, créé, à l’intérieur de l’événement, on l’a gardé par la suite. Et c’est ainsi qu’on est arrivé à cette forme hyper dense – quatre jours, c’est quand même extraordinaire – où tous ces ingrédients sont présents dans le festival. Du côté artistique, ça veut dire qu’il y a une multidisciplinarité : il y a musique, danse, théâtre, petite forme, work-in-progress, etc. Pour ce qui est de l’ art vivant. Il y a également les arts plastiques. Depuis 2007, on a commencé le cinéma aussi. Toutes ces formes se sont retrouvées cette année encore. Et quasiment toutes étaient de grande qualité. C’est la raison pour laquelle je peux dire qu’il y a un cycle qui s’est achevé parce que le festival s’est terminé sur quelque chose de très positif. Ce qui est positif aussi, ce sont les partenariats avec Bruxelles et Anvers qui se sont vraiment très bien passé. Parmi les nouveautés qui ont bien fonctionné, on peut citer le Focus Daanda Debbo. C’est un projet qu’on mène au Burkina Faso : une manière de soutenir un festival local et les associations de femmes de la localité avec laquelle on travaille. C’est aussi pour ça qu’on a dédié le festival aux associations de femmes, parce que le travail qu’on fait au Burkina est important. Le but de ces associations de femmes est principalement économique mais elles ont aussi un rôle de solidarité, elles permettent de vivre et de traverser les difficultés ensemble. Tout ça, pour moi, constitue vraiment un tout dont je pense qu’on peut être fières.

Malgré ça, un point d’interrogation subsiste: c’est le public, à Liège. L’ambiance était bonne, tout a bien fonctionné. Mais je m’interroge quand même sur les tranches d’âge qui viennent à ce type de festival. Il y avait très peu de jeunes. J’ai posé la question aux stagiaires de l’ASBL de savoir si elles avaient aimé les concerts et, évidemment, elles ont aimé. Mais si elles n’avaient pas fait leur stage au sein de Voix de Femmes, elles m’ont dit qu’elles ne seraient pas venues. Je trouve dommage que toute une branche de la société pourrait vraiment adhérer au festival mais n’y est pas présente pour une raison qui m’échappe encore. Et je trouve que, pour que ce festival dure longtemps, il faudrait que le public jeune soit présent, il faudrait trouver le lien avec lui. Là, il y a des vraies questions à se poser et un travail à mener, même si je ne sais pas encore quelle direction celui-ci doit prendre.

Comment voyez-vous l’avenir du festival?

Je ne sais pas et je pense que c’est bien, à ce moment-ci, de ne pas savoir et de ne pas se précipiter sur des solutions. Jusqu’à présent, j’étais toujours dans une logique de succession : après le 5ème, on fait le 6ème, après le 6ème, on fait le 7ème etc. Maintenant, je pense qu’il est résolument nécessaire de s’arrêter, de se demander si on doit continuer à travailler sur la même forme ou si on doit en réinventer une. Et pour ça, je pense que je ne dois pas donner de réponses trop vite et, surtout, je ne dois pas les donner seule. Ca doit être partagé, avec l’équipe, l’assemblée générale, les personnes qui nous sont proches, les collaborateurs, les partenaires, etc. pour repenser le projet.

Il y a en cours un projet de livre aussi, en collaboration avec d’une Certaine Gaieté, sur l’histoire du festival, ce qui nous permettra de faire le bilan de ces vingt ans. Je pense que tout ça va un peu nourrir la réflexion pour le futur. L’idée au départ, c’était d’avoir le livre pour le dixième festival. Et puis, pour des raisons de temps et de moyens financiers, on a dû reporter. C’est maintenant qu’il m’apparaît que, en fait, c’est beaucoup mieux ainsi. Je n’avais pas clairement en tête cette idée et c’est pendant le festival et à la sortie de celui-ci que j’ai eu l’impression que quelque chose était fait. Pour moi, on a réalisé dix festivals sur la même construction, avec des hauts et
des bas, des faiblesses, des points de force. Et c’est le moment de faire le bilan parce qu’il y a quelque chose qui est achevé je ne sais pas si c’est une œuvre, un cycle mais en tout cas, il y a une courbe qui arrive à son terme. Le festival, néanmoins, continue, mais peut-être que c’est le moment de réinventer et de se redonner une chance de rebattre les cartes et de repartir.

 

Propos recueillis par Angélique de Waha

 

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