Tout feu tout flamme

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Pompier volontaire

«  En fait, nous avons exactement les mêmes fonctions et utilités que les pompiers professionnels. La différence étant que, comme volontaires, nous ne sommes pas « casernés » en attente d’une intervention, mais simplement en « stand by » à notre domicile, disponibles dans le cadre d’une urgence. Sur le terrain, nous faisons exactement le même travail qu’un professionnel. La différence réside donc dans notre statut.

La disponibilité des pompiers volontaires dépend du système des gardes : nous sommes appelables une semaine par mois, 24 h/24 en-dehors de nos heures de fonctionnement. Etre appelable, cela signifie être à son domicile, proche de la caserne. Avant ma semaine de garde, je dois donc rendre un horaire d’intervention avec mes heures de disponibilité. C’est-à-dire que lorsque j’aurai fini mon travail tout à l’heure, je devrai être chez moi, prêt à intervenir endéans les deux minutes. Maintenant, ça ne veut pas dire qu’il y aura effectivement une intervention.

La façon dont nous sommes rémunérés varie selon les communes : soit il y a des forfaits fixes, soit ce sont des défraiements en fonction des interventions. La fameuse réforme des services d’incendie voudrait uniformiser tout ça, mais on en est encore très loin. Le principe général, c’est que nous sommes payés à l’intervention.

Actuellement, il y a de grandes discussions autour de la question des statuts des pompiers. Les professionnels sont à la limite un peu jaloux de notre statut de volontaires, parce que nous pouvons avoir un autre travail à côté. Alors que nous avons la même formation et les mêmes capacités, le cumul est interdit aux professionnels. Le syndicat essaye de faire reconnaître le statut de travailleur salarié volontaire. Ce qui serait à mon sens intenable, puisque nous sommes environ vingt à vingt-cinq mille volontaires pour dix mille professionnels. Assimiler les heures de garde à domicile à des heures de prestation payées au salaire minimum mènerait à la ruine du service d’incendie. 

Les interventions

Le rythme des interventions est totalement variable : il peut ne pas y en avoir durant toute une semaine, alors que la suivante, je peux « sortir » cinq fois . Il est certain que ça dépend un peu du temps : avec le vent et les tempêtes, les inondations, les chaleurs et la prolifération des guêpes ou des incendies de forêts, le nombre d’interventions augmente. Personnellement, j’interviens sur une quinzaine d’incendies par an, et je rencontre une cinquantaine de situations plus bénignes sur l’année. Je pense que l’on peut estimer le nombre de nos interventions totales sur l’année à deux cent cinquante ou trois cents. On note d’ailleurs une diminution. Elle est principalement dûe au fait que les maisons sont de plus en plus sûres et que les normes de sécurité imposées par les assurances sont beaucoup plus strictes. Par contre, la gravité augmente. Les matières présentes dans les nouvelles constructions provoquent plus de dégâts, tant d’un point de vue matériel que corporel.

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Nous observons également un changement lié au réchauffement climatique : il y a davantage d’incendies en pleine nature. J’ai fait par exemple une intervention dans les Fagnes cette année. Alors que les incendies y étaient totalement maîtrisables les autres années, cette fois, c’était dantesque. Dès la sortie d’autoroute, en arrivant sur le plateau, on voyait le ciel rouge, une longue ligne incandescente, et on savait où on allait ! Quand on voit des murs de feu de quinze mètres de haut, on sait qu’on va être utile. On ne sait pas encore comment on va faire, mais on le sait. Cette fois-là nous avons dû tout faire à pied. Parce qu’appeler un canadair aurait été inutile : il faut six heures pour les affréter et ils ne peuvent fonctionner que le jour. Nous avons donc travaillé toute la nuit afin de protéger les villages alentour. Un hélicoptère de la police est intervenu, mais il déverse la même quantité que nous en dix
minutes. Il nous a donc appuyés pour les zones difficiles d’accès. La base, ça reste d’avoir des hommes pour dérouler les tuyaux et pouvoir amener l’eau, mais il y a aussi beaucoup de personnes indispensables qui demeurent invisibles : celles qui font par exemple les navettes avec les citernes pour ramener des dizaines de milliers de litres d’eau. La personne qui passe à la télé avec sa lance, elle est épaulée et aidée par toutes celles qui sont derrière. Seul, on ne sert à rien. Toute cette structure-là doit aussi être valorisée.

Les services qui ont une ambulance sont également de plus en plus appelés en cas de bagarres, de scènes de ménage, et sont amenés à intervenir dans de petites situations qui ne portent pas à conséquence, mais où ils deviennent les premiers assistants de la police. Dans l’organisation de la sécurité en Belgique, sur une intervention, les services de police sont assujettis aux services d’incendie. Dans une bagarre, par exemple, si nous sommes appelés suffisamment tôt, nous avons d’autres méthodes que les gilets pare-balles et les armes pour rétablir le calme. Nous avons souvent des résultats nettement meilleurs que les policiers.

J’ai lu des statistiques disant que les deux professions les plus appréciées en Belgique étaient celles de pharmacien et de pompier. 

Gestion personnelle

Que je sois aux toilettes ou en train de dormir, c’est toujours quand je ne suis pas prêt que ça démarre ! On n’est jamais prêt pour une intervention. Et on ne sait pas où on va ni ce qu’on va trouver… Sur mon «bipeur», il est uniquement spécifié « alarme incendie » ou « incendie avéré », et la course commence aussitôt pour aller chercher ma cape et rejoindre le plus rapidement possible la caserne pour partir. En tant que volontaires, nous n’avons pas de place attribuée dans les véhicules. C’est un peu «premiers arrivés, premiers servis ». Les deux places les plus prisées sont celles de ceux qui rentrent au feu et sont entièrement équipés. Ce sont souvent les mêmes qui les prennent, parce qu’il y a une notion de confiance essentielle qui rentre en ligne de compte : nous devons veiller l’un sur l’autre et je dois savoir que celui qui veille sur moi est capable de me sortir en cas de danger. Et vice-versa. Les binômes de personnes qui ne se connaissent ou ne s’apprécient pas sont à éviter. Nous avons des formations en duo durant lesquelles on apprend les gestes qui sauvent, y compris pour nous-mêmes. Nous avons un principe: même si sur nos plaques d’immatriculation, il est inscrit « sauver ou périr », en réalité c’est un peu n’importe quoi, parce que, pour pouvoir nous rendre utiles, nous devons d’abord pouvoir rentrer sans risque. On nous apprend que si nous peinons à rentrer dans une maison avec nos tenues de feu, ça ne sert à rien d’espérer trouver quelqu’un de vivant, et il ne sert donc à rien de nous mettre en danger.

Au début, c’est d’ailleurs principalement le stress qui rend les interventions difficiles. Nous avons des formations pour nous aider à le gérer, pour parvenir à penser malgré tout. Dans des caissons avec des températures allant jusqu’à 800°, on crée des automatismes, notamment pour la respiration et la gestion de l’effort. Mais bon, quand il n’y a pas de décès signalé, la sensation première en intervention, et ça peut paraître scandaleux, c’est du plaisir !

Aller au feu, ça apprend à combattre. Ce n’est pas dans les livres que ça s’apprend. En plus, grâce à ça, je me sens beaucoup plus sécurisé dans certaines situations. Ayant fait beaucoup de route par exemple, j’ai vu pas mal d’accidents, et je ne savais absolument pas quoi faire, je me sentais impuissant. Alors que la majorité des gens regardent sans réagir, maintenant, j’ai appris les gestes qui sauvent. C’est sécurisant de savoir que quand je vais quelque part, je pourrais me rendre utile s’il y a un problème. Je sais tout de suite où se trouve l’extincteur de l’endroit où je me trouve. C’est automatique. Je peux aussi être casse-pieds ! Dire à des amis qui m’ont invité à souper que
leur multiprise que je viens d’examiner est dangereuse et doit être changée. A fréquenter des situations de danger, j’en deviens plus prévoyant. Mes enfants, j’ai essayé de les éduquer de façon constructive, en tentant de leur indiquer les voies à suivre et celles à éviter.
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