Le Bon Appétits ! Calamars farcis

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C’est un vent du sud, chaud comme une révolution, qui souffle sur la cité. Après l’interminable hiver gris et froid, c’est le printemps à Athènes. Sur l’acropole, le thermomètre Spa-Monopole du temple d’Athéna affiche joyeusement 26°c. . L’hiver est bien mort et la ville revit. L’agora grouille de gars, de gosses et de grâces. Diogène de Sinope sommeille dans son tonneau. Toc, toc …
— Qui est là ? Maugrée-t-il, sortant un œil de sa jarre.
— C’est ta femme, tu as oublié que tu étais marié ?
— Malheureusement non, sotte chipie !
— Consentirais-tu à quitter ton tonneau ce soir pour te joindre à nous. J’ai invité les Platon à souper.
— Cornegidouille, mère Diogène, ces Platon, je ne peux les voir en sculpture et la conversation de ce caverneux m’ennuie terriblement.
— Comme tu voudras cher vieil ours… Ah si j’avais su!!!
Sa mégère partie, Diogène sort, s’étire, secoue ses puces et s’assied devant son tonneau. Il prend la pose et le soleil et lorgne les belles filles qui passent…

Son panier au bras, ravissante dans sa tunique bleu du ciel, elle revient du Pirée. Elle a acheté deux superbes calamars. Sur l’agora, c’est le marché matinal. Elle a trouvé des tomates, du vin blanc, des oignons et de l’ail, du persil de coriandre, des pignons de pin et du pain de mie. Manque de la feta.
-Ohé Diogène ! (Il est connu comme Barrabas.) Tu peux éclairer ma lanterne ? Dis-moi où je peux trouver de la feta ?
–Attends-moi, je sais où et je t’accompagne… Ils sont comme des obus, tes calamars…Jamais vu de pareils. T’as un amoureux ? Parce qu’il y en a pour deux…
–J’ai pas d’amoureux, j’en ai pour deux ou trois jours…sauf si je vous invite ce soir à y goûter…mais je vous connais, Diogène, pas de superflu…
— Euh, ma foi, la notion de superflu est bien super floue…
Quelques heures passent. Diogène vient frapper à la porte de la belle.
— Déjà ! J’ai à peine commencé à préparer notre souper. Ca prend du temps ! Une bonne farce, ce n’est pas une plaisanterie. Allez, entrez et…hum, si vous preniez un bon bain moussant pendant que je frichtouille…
— Je ne suis pas Archimède, pardi.
— Non, mais vous êtes archisale…
Elle a déjà vidé et nettoyé les calamars. Maintenant elle coupe les tentacules en petits morceaux qu’elle fait revenir dans l’huile d’olive avec de l’ail et un oignon. Dans un plat, elle mélange de la mie de pain (trempée dans du lait puis égouttée) avec des pignons de pin , du persil de coriandre haché, la mixture tentacules- ail-oignon et des dés de feta. Elle bourre les encornets, suce le bout d’un fil, ferme un œil et l’enfonce (le fil) dans le chas d’une aiguille pour recoudre patiemment l’ouverture et emprisonner la farce. Puis, hop à la casserole dans un fond de vin blanc avec quelques tomates concassées, laurier et origan. Ca mijote une heure durant.
— Eh bien, ça ne fait pas de tort, vous sentez bien bon, venez, on passe à table.
— Quel délice ! Quel fumet ! Quelle merveille !
— Si vous voulez…
— Ne dites rien, c’est impossible. Partout et depuis si longtemps je cherche un homme et voilà que j’ai trouvé une femme et quelle femme ! Patatras, si je reste tout s’effondre, la gloire posthume, le mythe, ma place dans l’encyclopédie, tout… Alors, je renonce, je retournerai …Ah, que je suis bête ! dans mon tonneau….Mais demain seulement ou après demain, personne n’en saura rien….

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