De l’idéalisme au pragmatisme

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Question de contexte : les temps ont tout simplement changé. Le rêve a fait place au pragmatisme. La mondialisation tous azimuts, le défi climatique et les records de chômage (pour ne citer qu’eux) n’existaient tout simplement pas à la fin des années soixante. Forcément, ils influencent aujourd’hui le contenu des luttes. Le réalisme des buts et des moyens semble être devenu la condition sine qua non de l’engagement estudiantin. Les inquiétudes des étudiants pour leur avenir poussent les militants à s’investir pour des causes plus concrètes. Les idéaux de l’engagement étudiant sont passés d’un concept à son contraire : les soixante-huitards rejetaient la société dans laquelle ils vivaient et prônaient une forme de marginalité. Les luttes actuelles visent au contraire à faire sortir les étudiants de la marge, à exiger que la société leur fasse une place et leur laisse une chance. Aujourd’hui, l’étudiant ne tente plus de conquérir, il résiste. Ce faisant, il s’engage de façon toujours plus segmentée pour telle ou telle cause. « Penser globalement, mais agir localement », pour reprendre une formule qui plaît à François Grenade, chargé de projets et de communication pour UniverSud à Liège. Pour changer le monde, à l’image des étudiants d’aujourd’hui, il achète des bananes issues du commerce équitable (et si en plus elles sont bio, c’est « tout bénef’ »)… « Comme tous les jeunes de ma génération, je suis un grand nostalgique de cette époque que je n’ai pas connue. Ceci étant, j’ai l’impression que Mai 68 est devenu un véritable fantasme. Les révoltes étudiantes jouissent d’une aura assez néfaste pour les engagements étudiants actuels. Pourtant, le travail que je réalise en collaboration avec quelques cercles n’est pas moins empreint de profondeur politique que celui qui était réalisé à l’époque. Et puis, ce combat estudiantin empêchait-il réellement tous les manifestants de dormir ? Pas sûr… »

Bref, si on lui disait qu’en Mai 68 il n’y avait que des Cohn-Bendit qui fréquentaient les amphis, il ne le croirait pas. Et il aurait raison.

Et Pourtant…

L’engagement étudiant semble bien s’être progressivement essoufflé. De son vécu d’étudiant engagé et de jeune travailleur tentant de sensibiliser ses pairs, François Grenade en fait le constat, sans pour autant pouvoir l’expliquer : « Tout d’abord, parce que je ne suis pas un expert de la question et que je ne vais pas me risquer à faire des conclusions hâtives », nous dit-il. « Il est clair que l’impact direct de notre action est difficilement mesurable. » Mesurer alors les proportions de l’engagement estudiantin il y a quarante ans par rapport à aujourd’hui relève purement et simplement de l’impossible. « Maintenant, partant de mon expérience personnelle, je peux dire que je ne suis jamais vraiment satisfait de l’impact de nos sensibilisations auprès du public étudiant. Les conférences que nous organisons ne font salle comble que lorsque les professeurs les intègrent à leur programme et que les étudiants les ajouteront à la longue liste des chapitres de la matière qu’ils devront ingérer. Ils semblent concernés mais ils ne voient pas vraiment comment ils pourraient changer les choses. Du coup, j’ai parfois un peu l’impression de battre le vent. Heureusement, certaines personnes se mobilisent suite à nos campagnes de sensibilisation. C’est ce qui nous pousse à continuer ».

Si l’étudiant d’aujourd’hui est plus pragmatique dans son engagement, il est aussi plus fataliste qu’il ne l’était il y a quarante ans. Combien de combats ont-ils été perdus depuis Mai 68 ? Combien de manifestations se sont révélées inutiles en plus de quarante ans ? Alors, pourquoi s’engager ? Les militants en ont bien conscience, et qu’ils soient ou non étudiants n’y change rien.

« Il est certain que mon métier ne peut être pratiqué comme une activité alimentaire. Il faut être convaincu de ce pourquoi on milite. Personnellement, j’ai toujours voulu faire ce que je fais. Après, je ne peux pas
en vouloir aux étudiants de ne pas être sensibles aux causes que je soutiens. C’est somme toute relatif à chaque individu.
 »

On touche au nœud du problème. Les étudiants, comme tout un chacun, en sont venus à considérer nos sociétés comme une somme d’individualités. Comment lutter lorsqu’on est seul ? L’engagement pour des causes a muté. Aujourd’hui, l’étudiant milite un peu à la carte : «  Moi-même je ne faisais pas partie d’un cercle particulier lorsque j’étais à l’Université. Par contre, j’étais sensible à l’une ou l’autre cause qu’ils défendaient. Je n’assistais qu’aux conférences qui m’intéressaient vraiment. »

Il y a fort à parier que la grande majorité des étudiants fonctionnent de la même manière.

Un contexte particulier

Au-delà des considérations générales, François Grenade constate que la situation liégeoise pourrait rendre les choses plus difficiles. « Bien sûr, il y a premièrement le fait que ce genre de mouvements, parce qu’ils sont étudiants, ont du mal à assurer leur pérennité, les leaders devant être remplacés dans le meilleur des cas tous les cinq ans. Par ailleurs, la situation de l’ULg favorise peu le rassemblement étudiant par l’éclatement de ses facultés et par le fait que le site du Sart-Tilman soit fréquenté exclusivement pour ses amphis. Une fois les cours terminés, les étudiants quittent rapidement le campus. La situation est fort différente de Louvain-La-Neuve, par exemple, où même au centre-ville, on est toujours à l’Université. »

Lorsqu’il veut s’engager, il est pour finir plus simple pour l’étudiant liégeois d’intégrer des asbl que de se regrouper avec ses pairs.

L’union fait la force

Dans l’espoir d’élargir leur influence, UniverSud invite les cercles d’étudiants à se réunir pour organiser des évènements qui brasseront ainsi plus de public. Ce sera le cas notamment le 04 mars 2011 à la Casa Nicaragua. Dans le cadre des Nuits du paradoxe, l’intercercle solidaire Nord-Sud de l’ULg joint l’utile à l’agréable en y organisant la soirée de clôture de Campus Plein Sud. Au programme, un jeu de rôle sur le thème de l’accès à l’eau qui sera suivi d’un concert de la fanfare « Tant pis pour les voisins ».

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UniverSud

UniverSud 

Créée en 1979, UniverSud est une ONG active au sein de l’Université de Liège. Elle tend à sensibiliser professeurs et étudiants à la problématique du développement durable et donc, de mettre l’expertise universitaire au service de l’accompagnement de certaines populations vers plus d’autonomie (principalement en République Démocratique du Congo. Les interventions d’UniverSud-Liège se veulent une réponse aux besoins humains les plus fondamentaux: santé, éducation, hygiène, alimentation de base. Pour ce faire, l’organisation encourage et organise des missions pilotées par des professeurs dans les pays en question. Parallèlement, son action en Belgique vise à éduquer enseignants et étudiants aux problématiques du développement en organisant, par exemple, des séminaires ou des voyages d’immersion dans les pays-cibles.

Pour tout renseignement ou inscription, rendez-vous sur http://universud.celonet.fr

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