La toile, la potion incantatoire des révolutions??

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Inévitablement, ces nouvelles manières de comprendre l’action citoyenne ont une relation avec les caractéristiques inhérentes de la toile. Nous en développerons quelques-unes pour montrer à quel point les démarches révolutionnaires sont liées à l’univers propice créé par internet.
En premier lieu, les réseaux sociaux ont permis un changement dans l’approche de la communication telle qu’on l’entendait jusqu’à présent. A travers ces outils médiatiques les personnes construisent leurs propres discours sans intervention d’intermédiaires, c’est-à-dire des medias traditionnels. On obtient donc des actualités à la « première personne » ; actualités auxquelles on n’aurait pas accès autrement, et dont les médias se nourrissent actuellement pour avoir des informations. Sans aller très loin, une vidéo lancée sur youtube, comme celle de Kris Janssens 1 entraîne la conscientisation d’un collectif et crée une revendication.

Mise à part l’importance de la communication à la «première personne », la toile permet à n’importe qui de créer un site web ou un groupe Facebook pour réclamer des changements et appeler à des actions sociales dans la rue. C’est l’horizontalité et la souplesse des réseaux qui rend possible la suppression de la hiérarchie visible dans les anciens collectifs. Nous pouvons prendre comme exemple les derniers appels à la manifestation en Belgique tels que « Shame » — mis au point par des étudiants par le biais d’internet. Manifestement, les collectifs ont multiplié les modalités et sont connectés à de nombreux micro-réseaux qui peuvent être rapidement activés par des interventions décentralisées puis intégrés sur la toile, comme l’explique le sociologue Manuel Castells.

La rapidité et la grande portée des technologies de l’information et de la communication (TIC) permettent aussi la ramification des collectifs sociaux et la prolifération des organisations civiles comme ATTAC ou la Confédération paysanne, avec une intégration efficace et stratégique de personnes éloignées physiquement. Par exemple, ces regroupements peuvent organiser des manifestations simultanées dans différentes villes et divers pays, obtenant un impact plus grand sur la société et sur les médias. Ces types d’agissements diversifiés sont basés sur l’infrastructure de communication fournie par internet. La qualité de cette structure incite à la coalition de ces organisations qui partagent des intérêts et qui sont basées principalement sur l’idéalisme et le volontarisme de ses membres.

Autre particularité, et peut-être une des plus significatives, c’est le minimalisme organisationnel et matériel. Les organisations n’ont plus besoin d’un «siège », et même le fax, le téléphone ou l’adresse postale deviennent des items secondaires, au même titre que les campagnes informatives sur papier – façon flyers ou affiches. La disparition de tous ces éléments, autrefois incontournables pour l’action sociale, limite les coûts et stimule l’apparition de nouveaux mouvements sociaux, ainsi que l’association des uns avec les autres. C’est ainsi qu’est apparu « No Border », un réseau de collectifs « de base » qui lutte depuis 1999 sur la question des migrants et des politiques d’asile. Il se compose de plus de 150 groupes d’activistes qui s’organisent à travers une «île » d’emails pour effectuer des actions d’occupation d’espace et des attaques de hackers envers certaines entreprises.
L’exemple de « No Border » nous aide aussi à comprendre les différents idéaux qui donnent naissance à ce genre d’initiative. A l’origine, ce réseau part d’un idéal universaliste : la défense de la liberté de mouvement partout dans le monde. Mais d’un autre côté, on peut trouver des associations qui militent pour des causes particulières, c’est-à-dire qui n’affectent qu’un nombre
réduit de personnes dans un espace donné, telle la défense de certaines traditions ou cultures en voie de disparition. Qu’elle soit motivée par ces idéaux universalistes ou particuliers, l’existence de ce genre de mouvements est résolument dynamique puisqu’ils peuvent se former à un moment donné pour un objectif, causer l’impact souhaité ou bien s’étendre, de la même manière qu’ils peuvent disparaître, selon la situation.

Abordons ensuite une des caractéristiques les plus importantes qui aident au développement des mouvances dans les réseaux sociaux et sur internet en général: l’identité. Tout comme la solidarité, l’identité joue un rôle fondamental dans la formation de ces réseaux. Selon Manuel Castells, elle devient un élément de « résistance commune » avec deux particularités : la multiplicité et l’anonymat. La première donne la possibilité à un seul individu de se mêler à plusieurs causes, de militer pour plusieurs mouvements et revendiquer dans différents réseaux auxquels il participe. La seconde favorise l’activisme en gardant secrète l’identité du sujet pour des motifs sécuritaires ou autres, qui pourraient nuire à l’activiste en question.

Pour conclure, signalons que les outils mis à disposition par les réseaux et associations sur internet développent aussi ce qu’on peut appeler un « activisme de fauteuil ». Ce militantisme reste un instrument parmi tant d’autres pour faire passer l’information et proposer des actions, mais jamais il ne pourrait déclencher une vraie mutation politique ou sociale. Les changements de la société ont été et seront toujours entraînés par des mouvements qui touchent la rue, avec des personnes identifiables parmi des millions d’autres.

Notes:

  1. journaliste radio de la VRT qui a fait un buzz sur you tube avec un « coup de gueule » contre les politiques qui « négocient » un accord institutionnel.
    Voir http://www.youtube.com/watch?v=7RaJJCrIQLw&feature=player_embedded

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