[Les Diogènes] Tuez la dette!

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Ce jeudi 17 février, du côté de la Caserne Fonck, les journées ont beau être belles et ensoleillées, les nuits restent toujours aussi froides, nous rappelant que le printemps n’est pas encore là. Et pourtant, Frédéric Coumanne, un acteur activiste, membre du Comité pour l’Annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) a décidé de braver le froid et d’endosser le costume de Diogène pour interpeller les spectateurs du Festival de Liège. À le voir arriver, jetant de faux billets de 100 € par terre, sandales aux pieds, longue barbe, fine tunique et maquillage des mauvais jours, on se dit qu’on va être bousculé. Et on ne croit pas si bien dire.

Il aboie, il éructe, il fume sa pipe dans un coin puis se relève subitement, lâche quelques mots incompréhensibles, bondit puis se recouche aussitôt. Il est vêtu d’un simple morceau de tissu noué autour d’une épaule, à l’image de ces anciens Grecs que l’on n’a plus vraiment l’habitude de croiser à Liège. Et pourtant, notre bonhomme est bien là : voilà Diogène réincarné sous nos yeux dubitatifs et un peu effrayés. Les spectateurs, obligés de passé près de lui pour rejoindre leur place bien au chaud dans la salle de spectacle, n’osent pa s’avancer plus loin, perplexes : « On y va ? On n’y va pas ? Allez on se lance ! Euh non, on va plutôt longer le mur ! »

Soudain, l’aboiement se transforme en mots, puis les mots en phrases : « Aidez-moi ! Je me suis assez aidé. Aidez-moi maintenant ! ». Il se lève et tente d’attraper un quignon de pain jeté sur le béton. Une chaîne, attachée à son pied, le retient solidement au mur. Elle est juste un peu trop courte pour lui permettre de se rassasier. Un spectateur, d’un coup de pied, lui envoie le morceau de pain sec. « Diogène » le ramasse puis l’envoie à la tête du malheureux. Il est fort en colère. « Ça sent le chocolat. Non, la Suisse ! Ça sent le compte à numéros! »

Soudain, une voix qui semble venir de nulle part harangue Alexandre le Grand et la foule. Diogène reprend le texte à son compte. Le tyran antique en prend pour son grade. Son insatiable soif de grandeur et de conquête en fait le responsable et le coupable des maux de son peuple. Mais il n’est pourtant pas le seul. C’est nous tous maintenant que la voix désigne. Elle fustige notre goût pour le confort et l’abondance, qui se fait trop souvent au détriment de millions de vies humaines, sacrifiées à l’autel du bien-être occidental.

« Ah, ce que tu nous mets dans la Dette. »

« Tuer, tu es comme Alexandre, tué. »

« Tuez la Dette! »

« Méandres et fatalité. »

Et pourtant, le monde change et l’étrange spectacle qui se joue sous nos yeux ne manque pas de le rappeler. L’Afrique du nord est en révolution, les citoyens grecs se révoltent contre l’austérité imposée de l’extérieur. Les Islandais, de même, dans l’indifférence générale. Craignez tyrans, « du neuf, du vrai les peuples réclament. »

Soudain, la chaîne se brise. Hasard du direct, nous confiera plus tard Frédéric qui ne se laisse pourtant pas démonter par cet imprévu. Il jubile, « je suis libre, libre ». Il attrape la chaîne qui ne semble pourtant pas bien lourde et vient la montrer sous nos yeux. Tout ces ennuis pour un malheureux morceau de chaîne, même pas très bien fixé au mur !

C’est bien de ça que parle cette courte scénette. Il nous est possible, à tous, de libérer les peuples du poids de la dette et d’offrir un peu plus d’humanité à ce monde. Il suffit de laisser tomber une partie de notre trop ostensible confort et d’offrir un morceau de pain à celui qui le demande. C’est de notre attitude égoïste et de notre complaisance à l’égard des dictateurs de tout bord que parle ce « Diogène » moderne. Mais force est de constater que l’image est très forte et nous hante longtemps après l’intervention.

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