[Les Diogènes] Quels possibles??

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Ils sont quelques-uns, ce soir-là, à être venus. Des hommes. Des sans-papiers. L’un deux a un djembé. Ses percussions rythment sa parole, ainsi que celle de son ami. Ils interpellent le public, alternativement. Ils ont été invités par une asbl qu’ils fréquentent : « Le Monde des possibles », un centre de formation au français langue étrangère et à l’informatique pour personnes primo-arrivantes. Leur vie dans un Centre d’ « accueil » de la Croix-Rouge est un désastre quotidien. Peut-être même préféreraient-ils vivre dans un Tonneau, comme Diogène. Libres. Plutôt que forcés à vivre dans la promiscuité hostile des chambres du Centre. Le public écoute, attentif et embarrassé à la fois.

Le premier commence : « Bonsoir, nous sommes ici parce que nous n’avons pas de papiers. Parce que nous avons fui des persécutions. Mais une fois ici, on retrouve la vie qu’on a laissée derrière nous. (…) Nous sommes pourchassés. Quand on voit la police, on doit se cacher. Venez nous voir dans notre centre. Venez voir comment on vit. Dans nos chambres, comme des petites souris. Entassés, dans de petits espaces. Venez voir comment on nous nourrit. Pourquoi ne pas nous laisser bouger en toute liberté? Pourquoi ne pas nous donner des papiers, qu’on puisse nous aussi produire pour la société qui nous accueille. AFRICA. AFRICA. YO. Si tu passes une nuit dehors, le lendemain, tu retrouves tes affaires à la réception. On te renvoie à l’Office. A toi de te débrouiller. Nous sommes là, nous sommes capables de produire beaucoup de choses. Nous savons que ce n’est pas facile, mais nous comptons sur vous. »

Le second, celui qui joue du Djembé, poursuit :
« On na pas droit à l’intimité, dans nos chambres, on est comme des prisonniers, dans le Centre d’accueil, on est des enfants qui avons joué au cerf-volant. YE MAMMA. Où sommes-nous ? Tu dois payer le train, même si tu n’as pas de revenus. (…) 7 euros par semaine. YE MAMMA. Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Celui qui abandonne sa famille, c’est qu’il est obligé. Dis-moi MAMMA YO, dis-moi MAMMA YE, l’avons-nous mérité ? Réfugiés. Réfugiés. (…) Si on n’a pas d’aide, comment peut-on se défendre ? REFUGIES. REFUGIES. Au pays, je suis musicien. Au pays, je joue plus de huit instruments. Au pays, je jouais dans les fêtes, dans les mariages, dans les restaurants. Mais ici, c’est dur, c’est dur, c’est dur… »

« C’est ça aussi, la mondialisation… »

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