Quand l’âge n’est plus un critère d’exclusion

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Tout semble les séparer. Jeunes et vieux se craignent ou se méprisent. Tout simplement, ils ne se connaissent plus. Dans l’imaginaire collectif adulte, l’ado est con et bruyant, il boit de l’alcool et est irrespectueux. Le vieux, lui, est chiant, radoteur, il boit de la camomille et a besoin de calme. Des clichés peu enviables. Des clichés, surtout, qui s’opposent. Du coup, il est logique de séparer les deux âges lorsque les familles ne peuvent plus les assumer : services d’accueil pour les uns, maisons de repos pour les autres. Pourtant, certaines institutions n’hésitent pas à décloisonner.

Au Balloir, la jeunesse fait partie du quotidien des personnes âgées. En poussant la porte de la salle commune, on entend le bruit des balles de baby-foot rythmer les parties de scrabble endiablées des « p’tits vieux ». On est loin de l’image déprimante et silencieuse de la maison de repos. Lucky – puisque c’est comme ça qu’il aime qu’on l’appelle – a 17 ans. C’est un habitué des services d’accueil. L’aspect intergénérationnel lui apporte un vrai plus. « On se rencontre tous les mercredis pour manger ensemble et pour des évènements spéciaux comme Halloween ou le Carnaval », dit-il. « Personne n’est obligé d’y aller mais on vient toujours de bon cœur. En plus, le mercredi, c’est le jour des frites ; alors évidemment, ça aide… » La démarche est intéressante, mais on est loin d’envisager une fusion complète des deux institutions. Les approches pédagogique et gérontologique sont trop différentes. Pas question de parler de substitut de vie de famille. « Les aînés m’apprennent beaucoup de choses. J’écoute leurs histoires. J’apprends à les respecter. Mais je ne peux pas les considérer comme des grands-parents. A la limite, ils m’en donnent une idée très vague. Il y en a certains que je connais mieux et d’autres que je vouvoie. »

« Plutôt qu’à une famille, je préfère comparer le Balloir à un village », poursuit Sœur Bernadette Vromant, pensionnaire de la maison de repos. « J’ai connu une vie de famille différente parce que j’étais dans les ordres, mais une vie de famille quand-même. Ici, ça ressemble plus à un village car l’idée intergénérationnelle englobe les enfants et les personnes âgées, mais aussi les éducateurs, les stagiaires et l’ensemble du personnel. Les générations se côtoient mais les vrais moments de rencontre ne sont pas quotidiens. Parfois, un vrai contact, plus profond, se crée. » Et c’est probablement ce qui rend ces expériences plus enrichissantes que celles des maisons de repos et foyers traditionnels. « J’ai moi-même été éducatrice. J’ai longtemps côtoyé des enfants abandonnés ou en difficulté. Ici, les éducateurs ne sont plus les seuls à pouvoir leur prodiguer un peu de chaleur humaine. De ce point de vue, ils sont mieux encadrés. De leur côté, ils nous apportent un peu de distraction, même en dehors des moments de rencontre. Je peux les observer jouer dans la cour, voir un peu de jeunesse. Même si c’est parfois fatiguant, j’évolue dans un milieu qui se rapproche de la vie normale. Je côtoie des personnes de tous les âges. »

Bien sûr, il s’agit ici d’une collectivité institutionnalisée. Mais la société d’aujourd’hui offre, une fois n’est pas coutume, de plus en plus de lieux grâce auxquels le troisième âge sort de l’exclusion. Ils prennent l’apparence de « senior-sitting », de co-habitations pour personnes âgées, ou de « co-kotting » intergénérationnel, mais ils tendent vers un but unique : le décloisonnement de la maison de repos et une approche plus humaine de l’aide à la personne âgée. Et puis, sans se creuser la tête, il est assez facile de faire un petit geste humain pour qu’une personne âgée se sente bien. Car le point de départ de la collectivité intergénérationnelle est sous notre nez. Il suffit simplement de troquer un peu de son « précieux» temps libre contre une part de tarte au riz chez la vieille dame aux chats du premier.

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