Les bandes urbaines en question

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« Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans. » Ces paroles prononcées par Socrate – déjà ! – démontrent que de tout temps, même chez les intellectuels les plus éclairés, la jeunesse a toujours été mal perçue par le monde adulte. Se sentant incompris et frustrés, les adolescents ont toujours eu tendance à se regrouper. Geoffrey, 30 ans, a fait partie d’une bande violente lorsqu’il était jeune. Il assimile les méfaits qu’il a pu commettre à des erreurs de jeunesse. « Les bandes, c’est avant tout un truc d’ado. On s’approprie un territoire, puis on joue à le défendre. Certains jeunes pensent à draguer ou à picoler dans les soirées ; nous, on pensait à se battre. Et puis le lendemain, parfois tu te réveilles comme si tu avais une mauvaise gueule de bois. Tu te dis : «plus jamais », mais tu y prends goût, tu recommences. »

On recommence, mais pas toujours. La prison ou la maison de correction a un double effet sur les jeunes qui se font arrêter et leur entourage. Soit ils en tirent les leçons, soit ils persévèrent dans le milieu criminel. Mais dans les deux cas, la bande n’existe plus, les intérêts des uns et des autres divergeant. La différence aujourd’hui, c’est que les bandes de jeunes agissent de façon structurée. Ils s’organisent et se trouvent bien souvent une activité criminelle permanente (vols, trafic de drogue,…). « Ça nous arrivait de voler des trucs pour aller acheter de l’herbe mais on ne faisait pas ça tous les jours. Aujourd’hui, tu entends partout que les jeunes en font leur activité principale. En plus, il y a des morts. Ça m’est arrivé de participer à des bagarres avec des couteaux. Mais je n’ai jamais vu de morts. Là, ça devient grave. Ils jouent à un jeu dangereux et ne se rendent pas vraiment compte ».

Les bandes de jeunes en Belgique sont-elles en train de se calquer sur le modèle des gangs américains ? « Pas du tout », répond Nabil, 23 ans, habitant du quartier de Bressoux-Droixhe. « Ce sont les médias qui donnent à penser ça. Une bande de jeunes, c’est avant tout une bande de potes. Il n’y a pas de recrutement. C’est un groupe d’amis qui se connaissent depuis toujours. Après, c’est la dynamique de ce groupe et les leaders qui feront que la bande choisira de faire des conneries ou non. Mais on n’est jamais tenu par des obligations envers la bande. Moi, j’ai toujours su concilier mes études et ma vie de famille avec les potes et je n’ai jamais été tenté par la violence. De toute façon, les personnes violentes sont minoritaires. »

Ce sentiment, Elias, 21 ans, le partage. « Je ne me considère pas comme une exception parce que je ne traîne pas dans les rues et que je poursuis mes études. Dans la vie, tu prends des claques dans la gueule. C’est un passage obligé. Moi, ma sœur a été très malade. Ça m’a permis de garder les pieds sur terre et de comprendre les vraies priorités : la famille et le travail. Mais certains ne comprennent pas les signaux que la vie envoie ». Pour ceux qui connaissent la rue et les quartiers que l’on stigmatise en les qualifiant maladroitement d’« à problèmes », on est encore loin du phénomène de société en ce qui concerne les « bandes urbaines », comme les ont baptisées les médias. Ce qui est vu comme une hiérarchie ne serait en fait que la présence de leaders comme il en existe dans tout groupe humain. Ce qui est perçu comme une organisation criminelle ne serait qu’un groupement d’ados en souffrance qui cherche ses repères dans une bande. Car les bandes urbaines partagent aussi des valeurs de solidarité et d’entraide hors du commun.

Globalement, leur mode de fonctionnement et les rapports qui s’y tissent ne sont pas différents de ceux des autres groupements humains. La trahison et les coups bas sont hautement condamnés, que ce soit au sein de la bande ou entre rivaux. Le dialogue qui devrait solutionner le conflit fait place à la violence. Car à l’école,
au sein de la famille, avec la police ou via « les promesses non tenues de politiciens », comme le souligne Elias, le dialogue a, pour cette poignée de jeunes, comme un parfum d’échec inévitable.

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