Le bon appétit ! Tartare de haddock

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Le bateau qui avait dansé le tango une bonne partie de la nuit, se reposait maintenant paisible sur l’eau calme et bleue du fjord. Elle ouvrit un œil, le mauvais, l’hypermétrope – c’était là une de ses rares tares – et ne put donc lire l’heure à sa tocante en toc. L’autre œil, le bon, refusa tout effort. Elle se rendormit d’accord avec lui. Quelques minutes seulement, car la main gauche, la droite faisant office d’oreiller, se mit à chercher quelque(s) chose(s) sous les couvertures… en vain ! Elle s’assit sur le lit, bien éveillée cette fois.
Foutre ! Nom d’une pipe ! Il a mis les voiles…

Oui d’accord, elle avait pris son pied, marin, mais bon c’ était pas des manières. Ah les hommes, ça tire, ça s’étire puis ça se tire. Z’ont peur de l’amour, font une croix sur la passion. Bah, carpe diem se dit-elle, la mer est calme, c’est l’instant du bain sain du matin. Et la voilà sur le pont tenue paradis terrestre. Elle plonge à tribord côté terre, émerge, secoue ses cheveux … C’est quoi ce tonnerre d’applaudissements ! Elle se passe ses mains sur les yeux. Ils sont plus de cent, cent forts islandais en haut de la falaise, à applaudir chaleureusement le spectacle. « Ils sont fous ces hommes, un qui part, cent qui arrivent. Il vaudrait mieux lever l’ancre. » Discrètement, elle passe à bâbord. Là, par précaution, il y a toujours un hublot ouvert.

De nouveau sur le pont, copieusement habillée, pantalon, vareuse, caban, bonnet, elle fait face, met les mains en porte-voix et crie…
Que désirez-vous ? -…
Vous êtes muets tout à coup. Allons un peu de courage ! Le plus audacieux de la bande se lance et crie…
Nous sommes venus quêter…
Quoi ? – Nous sollicitons une faveur.
– Quelle faveur ? – Notre ami nous a raconté la soirée passée avec vous et… -…et ??
Et il parait que vous lui avez préparé en entrée un tartare de haddock qui nous a mis l’eau à la bouche et dont voudrions la recette. Vous voulez bien ?
Elle respire un bon coup. Décidemment les hommes sont bizarres et c’est bien ainsi.

Je ne vais pas vous dire tintin, alors la voici : je hache grossièrement le haddock, je l’arrose de citron et le laisse mariner une heure ou deux, le temps de…
Le temps de quoi ? cria l’audacieux.
Le temps de sortir votre tronçonneuse, petit coquin et de couper du bois pour votre hiver qui sera noir et long. Au bout de ce temps, on égoutte le poisson et on le mélange avec un filet d’huile d’olive, du persil haché, de la ciboulette, des câpres, quelques gouttes de Tabasco pour pimenter l’affaire et un jaune d’œuf bien frais. Le tout sur un toast grillé légèrement aillé. A défaut de haddock, on prendra du saumon fumé.

Après un dernier salut aux iliens et aux macareux, elle disparut au large, portée par une bise légère pour un retour dans son pays en mal d’identité.

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