De Thomas Cook à Vacansoleil, Du loisir élitiste à l’industrie de masse

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Aujourd’hui, l’homme voyage principalement par plaisir. Et même les « voyages d’affaires » sont l’occasion d’activités d’agrément. Pour les populations occidentales modernes, les vacances sont devenues une véritable institution. Et pour une grande part, cette parenthèse dans le temps de travail et le train-train quotidien trouve comme corrolaire les voyages. A tel point que vacances et voyages sont, dans le langage courant, devenus quasiment synonymes ! Avec, d’une part, le développement de nouveaux moyens de transports, toujours plus rapides, toujours plus accessibles, et, d’autre part, la généralisation au 20ème siècle, en Occident, des « congés payés », le voyage va devenir une véritable activité de masse, impliquant la naissance de marchés et le développement d’une véritable industrie. Aujourd’hui, l’industrie du tourisme représente des enjeux économiques colossaux. Et pour certains pays du Sud, de la Thaïlande à Cuba, en passant par le bassin méditérranéen, la bonne marche de l’économie dépend en grande partie des rentrées générées par cette industrie. Pendant ce temps, d’autres régions du monde, sur le continent africain en particulier, voient dans ce secteur le miroir aux alouettes, et misent tout sur le développement d’infrastructures touristiques, en espérant des jours meilleurs. Il faut dire que le secteur est vraiment porteur et toujours en croissance. Le boum économique de la Chine, par exemple, représente une fameuse opportunité : ce sont des millions et des millions de familles qui s’apprêtent à découvrir les joies des voyages organisés : une mine d’or ! Ce seront bientôt un milliard d’individus qui voyageront chaque année ! En 2007, ce ne sont pas moins de 898 millions de personnes qui ont voyagé hors de leur pays à des fins touristiques, selon l’Organisation mondiale du tourisme. Les recettes générées par cette industrie ont été estimées à plus de 600 milliards d’euros pour l’année 2009. Et les perspectives de crise énergétique ne tempèrent guère l’optimisme du secteur…

Aujourd’hui, la tendance en matière de voyage est à la diversification des offres et des pratiques. L’industrie du tourisme cherche de nouvelles niches et de nouveaux marchés. Et si le village de vacances « all inclusive » au bord d’une plage de sable chaud a toujours la côte, nous, consommateurs de voyages, avons des envies et des besoins toujours plus spécifiques. Ainsi se développent le tourisme écologique, éthique, ethnologique, sportif, spirituel, extrême, du bien-être, etc. Mais quand et comment tout cela a t-il commencé ?

« Le Grand Tour »

Même si le terme proprement dit n’apparaît qu’au milieu du 20ème siècle pour désigner selon l’ONU « tout déplacement en dehors de chez soi pour une durée supérieure à 24 heures et inférieure à une année, nécessitant donc une nuitée », l’origine du concept de tourisme est à chercher du côté de l’Angleterre du 18ème siècle, alors en pleine révolution industrielle. Au cours des 18ème et 19ème siècles, l’expression « Grand Tour (of Europe) » commence à se répandre. Il s’agit d’un long voyage à travers les villes d’art d’Europe, en particulier de France et d’Italie, qui fait partie intégrante de la formation de tout gentleman qui se respecte. Le tourisme est alors l’apanage des milieux aristocratiques. Logique, puisqu’à l’époque, eux seuls bénéficient à la fois du temps libre et des moyens financiers nécessaires. D’autre part, le développement rapide du chemin de fer et des liaisons maritimes à partir des années 1830 contribuent à rendre les voyages plus faciles.

Mais un autre fait explique l’émergence du tourisme à l’époque. En cela précédés par les artistes des 17ème et 18ème siècles, les « gentilshommes » vont alors développer un goût pour l’exotisme, voire plus tard un certain romantisme à la Rousseau. Mais surtout, c’est l’ensemble du rapport de l’homme à la nature qui va alors être bouleversé. Ainsi, la mer, la montagne, la nature sauvage, le soleil, considérés avant comme des éléments hostiles, vont devenir objets
de mode. Il faudra du temps par exemple pour que l’idée même de se baigner dans l’eau de mer, activité par excellence des vacances d’aujourd’hui, s’impose et perde son côté farfelu! De même semblait loufoque l’idée des voyages d’agrément à la montagne en été, et pire encore, en hiver…

Parallèlement aux voyages culturels ou artistiques à Rome, Florence ou Paris, une autre « mode » va participer au développement d’une économie du tourisme : le thermalisme. Ces voyages à la montagne ou à la mer pour raisons médicales vont peu à peu se transformer en séjours de bien-être ou d’agrément pour les classes sociales aisées. Dans les «villes d’eau », des infrastructures d’accueil luxueuses vont voir le jour.

La combinaison de tous ces éléments donne naissance à un embryon d’industrie du tourisme. Et au 19ème, c’est à une véritable migration de toute la «bonne société » européenne vers les littoraux atlantiques et méditerranéens à laquelle on assiste chaque année. Des villages de pêcheurs se transforment en cités balnéaires, des stations pour touristes sont créées de toutes pièces. On aménage les plages, les promenades en bord de mer, on construit des casinos, des grands hôtels, des ports de plaisances… De véritables colonies britaniques s’installent sur la Côte d’Azur, tandis que les Parisiens investissent la Normandie et Deauville… Qu’on songe aux clichés de la Belle Epoque.

Très vite, le mouvement s’emballe. La mode de l’alpinisme débouche sur les « sports d’hiver ». Des guides touristiques sortent, même pour les Colonies, et connaissent un grand succès. Les premières agences de voyages, qui organisent des déplacements de groupe, sont créées. Thomas Cook, le premier inventera l’ancêtre des « traveller’s chèques»… Puis, l’aviation rapprochera encore des terres jusqu’alors inaccessibles. Peu à peu, le tourisme se démocratise et son industrie explose, même s’il faudra attendre les congés payés et surtout l’après-guerre pour qu’on puisse vraiment parler de «tourisme de masse ». Un tourisme de masse de plus en plus qualitatif. Aujourd’hui, les grands exodes estivaux vers des destinations communes ont un peu moins le vent en poupe, les moments de vacances sont plus éclatés dans l’année, le tourisme d’un jour ou d’un week-end, les city-trips, se développent. Et surtout, les touristes fuient… les touristes!

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Les dates importantes

1830 Première ligne ferroviaire régulière.
La ligne de chemin de fer reliant Liverpool à Manchester est ouverte.
C’est là le point de départ du développement des chemins de fer pour passagers et, par la même occasion, du tourisme.

1841 Cook crée la première agence de voyage
Thomas Cook est l’initiateur du premier voyage de groupe organisé. Il accompagne ainsi plus de 500 personnes de Leicester à Loughborough. Le but de la démarche est de lutter contre l’alcoolisme. Au lendemain de l’excursion, Cook se décidera à fonder une agence de voyage qui portera son nom. Il organisera par la suite de nombreux séjours en Europe, mettra au point les premiers circuits touristiques et inventera le chèque de voyage. Son fils prendra la succession de l’agence en 1872 et poursuivra son œuvre.

1860 Création de la station de Deauville
Démi-frère de Napoléon III, le duc de Morny fonde la station balnéaire de Deauville.

1875 Création du premier office de tourisme français
Le “Comité des Promenades” naît à Gérardmer, dans les Vosges et constitue le premier office de tourisme de France.

1900 Parution du premier guide Michelin
Michelin se dote d’un outil promotionnel innovant : un guide des restaurants et adresses utiles pour les automobilistes. Le guide rouge est né.

1919 Inauguration du vol commercial entre Paris et Londres

1924 Première mise en service d’une autoroute
L’Italien Puricelli, fondateur de la société Strade e Cave, construit la première véritable autoroute de la planète. Elle relie Milan à Varèse en Italie, soit 85 kilomètres.

1936 Les conges payés
Dans la
foulée des mouvements de contestation ouvrière et de la victoire du Front populaire, le nouveau gouvernement négocie avec le patronat la création des congés payés.

1950 Naissance du premier Club Méditerranée
Gilbert Trigano et Gérard Blitz fondent le Club Méditerranée en ouvrant le premier site à Palma de Majorque, aux Baléares. Cette association a pour but d’offrir aux touristes différents loisirs au sein d’un village de vacances.

1976 Naissance de Bison Futé
Le Ministère des Transports donne naissance au petit indien chargé d’améliorer la circulation routière lors des vacances. L’été de l’année précédente, plus de 60 000 voitures étaient immobilisées sur près de 600 km d’embouteillage.

2007 Succès du Low
Ryanair est la compagnie low cost la plus rentable d’Europe, avec un chiffre d’affaires annuel de 2,24 milliards d’euros

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