Stas Academy

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Effet de mode, le film de Tim BURTON génère une flopée de bouquins autour de la jeune égérie du Révérend Dodgson. Ainsi Calmann-Lévy réédite en tête-bêche les Aventures d’Alice au Pays des Merveilles & la Traversée du miroir et ce qu’Alice trouva de l’autre côté, nouvellement traduits par Laurent BURY, avec de subtiles illustrations de Mervyn PEAKE (qui datent de 1946). Humpty Dumpty devient « Rondu Pondu » et le Jabberwock le « Bavassin » : C’était graillord : les prueux toves Sur la loinde chignaient, vortaient ; Frêtifs marchaient les borogoves Et les ourroux égrés snortaient. Voilà qui nous change un peu de la sempiternelle version d’Henri Parisot… Une autre traduc. neuve du premier texte seul par Martine Céleste DESOILLE sort chez Soleil Blackberry avec des illustrations (regardables) de François AMORETTI. Quant au dessinateur américain Kyle BAKER, il y va d’une petite BD plutôt désolante chez i éditions !, collection « Classics illustrated », De l’autre côté du miroir étant ici massacré par une Thérèse BENOIT qui eût mieux fait de rester dans sa cuisine à faire des boulettes. Un CD de 13′ joint à l’opuscule offre une musique d’un certain Sylvain JACQUES. Autre BD (acceptable) présentant une adaptation (par Leah MOORE & John REPPION) du Pays des Merveilles , celle d’Érica AWANO, chez Soleil US Comics. Quant à celle pondue par Xavier COLLETTE (sur une adaptation de David CHAUVEL) chez Drugstore, elle me plaît moins, mais c’est affaire de goût… Enfin, dispensez-vous d’acquérir un pop-up plutôt raté commis chez Gründ par Zdenko BASIC, l’adaptation étant d’Harriet CASTOR. Et détournez vos regards d’une totale Merdre qui paraît chez Milady Artbook, une bande d’illustrateurs (tordus et plutôt gore), dont je me fais fête de taire le nom, interprétant le personnage de CARROLL de la façon la plus lamentable qui soit. Adulte et poufiasse. Beurk ! Vraiment à chier…

Un livre d’images 100% plaisant pour vite oublier le précédent : Monstres de pierre, gargouilles, diablotins et autres créatures. David BORDES photographia près de 200 êtres inquiétants grouillant un peu partout sur ou dans les cathédrales et ce monde de chimères, dragons, faunes et autres sirènes est bien réjouissant. Jean-Louis FISCHER assure la partie « textes » de l’ouvrage, assortissant ses commentaires d’extraits d’œuvres littéraires qui nous promènent du Minotaure à Frankenstein en passant par le Golem. C’est publié aux éditions Ereme et ça vaut « diablement » ses 29,50. Autre livre d’images à ne point rater : l’Art du dé-peindre, co-édité par 100 Titres & Yellow Now et assorti d’une « Délirium Art Vidéo », présentant un large choix des travaux de Jacques LENNEP, « inspirés par l’art même, son histoire, ses défis et ses malentendus ». En voilà une Œuvre jubilatoire – autant qu’intelligente, ce qui ne gâche rien ! Après ça, on regarde la peinture autrement, je vous l’affirme Si ce magnifique ouvrage vous a séduit, complétez donc votre approche de ce Grand bonhomme en vous délectant de l’Art cacadémique (la Place de l’artiste dans la société stercorale à l’aube du troisième millénaire, en Occident) de L.E. LE BÈGUE, édition annotée par J. Lennep, paru au Daily-Bul. Des planches extraites de Cacaractériologie de la crotte, dues à Q. VANDER SCHIJT, ajoutent au plaisir du texte. J’ai dit en son temps tout le bien que je pensais du Dictionnaire des gestes, attitudes et mouvements expressifs en usage dans le monde entier de l’irremplaçable François CARADEC (Fayard, 2005). On aurait pu croire que plus personne ne se serait aventuré dans une entreprise similaire. Mais voici que Joseph MESSINGER, écrivain, psychologue et spécialiste de la communication verbale et non verbale, auteur de plusieurs ouvrages à succès sur le langage des gestes tels Ces gestes qui vous trahissent ou la Grammaire des gestes, remet ça, chez Flammarion, avec le Dico illustré des gestes – Plus de 1.000 gestes et postures
analysés
. Les commentaires psychologiques font de ce volume presque un ouvrage de « fou littéraire » tant ils sont parfois à la limite du surréalisme (permettez-moi d’employer ce mot désormais « vulgaire » par commodité). N’empêche que voir apparaître à intervalles réguliers le nain Sarkozy dessiné en ses attitudes et tics les plus habituels, assortis d’analyses du genre : Le manque de franchise doublé de mauvaise foi est ce qui caractérise le plus le sujet qui reproduit souvent ce code gestuel. Geste trahissant également un besoin de castrer son interlocuteur ne laisse pas d’être archi-plaisant…

Toute une série de trucs à VRAIMENT apprécier : On dévorera les 2 tomes de la bio de Diderot, le Génie débraillé (1. les années bohème – 2. les encyclopédistes) que Sophie CHAUVEAU nous assène aux éditions Télémaque. Même si c’est romancé à outrance, on est scotché par les tribulations du Denis comme avec un feuilleton réussi. On restera dans les personnages hors normes avec les Aventures véridiques de Jean Meslier (1664 – 1729) curé, athée et révolutionnaire, un chouette bouquin de Thierry GUILABERT paru aux Éditions libertaires avec une préface de Michel Onfray (ce qui tombait sous le sens). On aimera aussi le magistral Élisée Reclus, géographe, anarchiste, écologiste de Jean-Didier VINCENT (chez Robert Laffont). Si vous ignorez tout de ce visionnaire, plongez dans ces pages toutes affaires cessantes. (Je vous avais déjà branché sur le zig en 2004, à propos d’Élisée Reclus ou la passion du monde, d’Hélène SARRAZIN, éd. du Sextant, avec une introduction de Kenneth WHITE.) De Paul LAFARGUE aussi je vous ai déjà dit le plus grand bien à moult reprises ; le Droit à la paresse est quand même un grand livre, non ? Fendez-vous donc de 10 Euros pour acquérir Paresse et Révolution, Écrits 1880 – 1911 (Tallandier, Texto, le Goût de l’Histoire) car vous pourrez enfin lire une foule de textes rares (pour la plupart parus en revues) de ce décoiffant gendre de Marx, pamphlets socialistes, combats politiques mais aussi essais historiques voire littéraires. Cela vous prouvera que, jadis, il exista bel et bien une Gauche… On se rue sur Mémoires et écrits (1917 – 1932) de Nestor Ivanovitch MAKHNO (Éditions Ivrea), qui se battit avec la paysannerie pour un nouvel ordre social « où il n’y aurait ni esclavage ni mensonge, ni honte, ni divinités méprisables, ni chaînes, où l’on ne pourrait acheter ni l’amour ni l’espace, où il n’y aurait que la vérité et la sincérité des hommes ». Et l’on ne peut que déplorer l’échec de la Makhnochtchina, écrasée par la dictature d’un Parti-État dont les objectifs s’opposaient radicalement aux siens. Les Diggers, Révolution et contre-culture à San Francisco (1966 – 1968) sont aussi aimablement sortis de l’oubli par Alice GAILLARD (Éditions l’Échappée, coll. Dans le feu de l’action). Everything is free, do your own thing. Tel était le mot d’ordre de ce petit groupe radical qui s’empara du quartier de Haight Ashbury pour y cultiver les graines d’une utopie en acte. Ces partisans du « théâtre guérilla », y mirent en scène leur rêve d’une vie Libre et Gratuite, distribuèrent de la nourriture, ouvrirent des magasins où l’on offrait tout, organisèrent des fêtes légendaires… Ce fut GÉANT et à la base de toute la « contestation » mondiale qui leur emboîta le pas. Le DVD joint déçoit un peu. Faut dire à la décharge de ses auteurs que très peu de documents d’époque ont survécu ! On se plonge aussi dans la résurrection bienvenue d’Isidore Liseux (1835 – 1894) Un grand « petit éditeur », dont l’histoire et la bibliographie sont hyper-savamment évoquées par Paule ADAMY, chez Plein Chant. Sans Poulet-Malassis, Henry Kistemaeckers, Jules Gay, Léon Genonceaux et, avant eux Isidore Liseux et son fidèle second Alcide Bonneau, nous n’eûmes pas vu « oser » au XXème siècle les Pauvert, Losfeld, Tchou, etc. Tous ces outlaws du XIXème bravèrent la morale et la censure et n’hésitèrent jamais à publier du sulfureux pur
jus. Cet hommage rendu à ce louable artisan du livre est des plus utiles mais en sus remarquablement soigné. Une solide dose de grandiose pour suivre avec l’Œuvre poétique de Xavier GRALL, présentée par Mireille GUILLEMOT, Yvon LE MEN & Jan DAU MELHAU publiée chez Rougerie : assurément un des grands poètes bretons. Et puis aussi deux ovnis qui n’apportent rien que du bonheur. Les Maires copronymes de France, de l’ami Yves FRÉMION (Ouvroir de Politique Potentielle), « une étude complète et sérieuse faisant le point sur un détail crucial de l’onomastique municipale, comprenant un répertoire que tout aspirant à la charge de premier magistrat d’une commune devrait consulter ». Sans doute, tout le monde connaît-il le célèbre Maire d’Eu et sa chanson, mais le Maire de Calais, le Maire d’Ichy, le Maire d’Houilles, Le Maire de Laval, le Maire d’Orange ou le Maire de Vatan sont-ils mieux lotis ? Les curieux apprécieront la photographie d’un « caganer » français, statuette en plâtre peint représentant un ancien Maire de Neuilly en train de « faire », avant qu’il ne fasse à l’Élysée… Puis commandez donc Technologies de l’orgasme (Le vibromasseur, l’ « hystérie » et la satisfaction sexuelle des femmes) de Rachel P. MAINES (Payot). Vous y apprendrez tout sur les massages pelviens pratiqués par nombre de médecins, bientôt relayés par des instruments vibratoires, à vapeur puis électriques, destinés à soulager les crampes de ces « malheureux »… L’archéologie du sexe à piles. Hallucinant !

Au rayon des nouvelles, deux merveilles : la Nuit sans fin de Thierry HORGUELIN (l’Oie de Cravan), sept histoires splendidement écrites qui vous trotteront longtemps dans la tête. Et aussi la Mort d’Edgar de Franz BARTELT (Gallimard), neuf perles rares à déguster en sirotant une (?) Orval. Du même, on aurait tort de ne pas déguster Je ne sais pas parler (Finitude). Un écrivain confronté à une « épreuve » radiophonique qui le tétanise et qui angoisse. Tiens, il pond lui aussi une chronique littéraire. À ses débuts, il croyait naïvement que la vérité était profitable au lecteur autant qu’à l’auteur et prenait sa tâche au sérieux. Puis il comprit que la littérature n’a besoin que de promotion et qu’un livre n’existe que pour être vendu.. Quant à la clairvoyance, c’est un don du ciel qui me permet de crier « Bravo!  » sans rougir, aussi fort et aussi fréquemment qu’il est utile pour qu’un ouvrage que je n’estime pas, mais dont on me promet qu’il vaut qu’on l’applaudisse, passe du rayonnage d’une boutique où les vendeurs sont illettrés à l’étagère d’un appartement habité par des innocents. D’une lucidité confondante, car c’est sans doute ça qui se passe à peu près partout (sauf ici, je le jure). J’ai aimé les deux derniers nés de Pascale FONTENEAU : Propriétés privées (Actes Sud) et Hasbeen (Éditions Aden). De livre ne livre, elle devient une toute grande et ceux qui ne verraient en elle qu’une « polardeuse » auraient tous les torts de leur côté. Que Nicolas ANCION ait obtenu le « Prix Rossel des jeunes » pour l’Homme qui valait 35 milliards (Luc Pire) ne m’étonne pas non plus. Son livre tape bien juste là où il faut, fustigeant la politique antisociale des magnats de l’industrie dont on sait quelque chose par ici ! Nadine MONFILS est toujours aussi déjantée et Coco givrée (Belfond), dans la ligne de Babylone Dream et Tequila frappée, nous réembarque pour le Pays des Horreurs pour notre plus grande joie. La subtile fiction de Patrick ROEGIERS, la Nuit du monde, fait de Proust et Joyce des poteaux inséparables puis l’enterrement du premier au Père-Lachaise devient prétexte à un délire du meilleur aloi. Les éditions Calliopées poursuivent avec bonheur leurs publications apollinariennes. Outre la revue Apollinaire, elles produisent des ouvrages indispensables pour tous ceux qui prisent fort le Guillaume (cf. C4 n°185-186 Calligrammes dans tous ses états de Claude DEBON). Pour l’heure, voici Apollinaire et l’
Enchanteur pourrissant, Genèse d’une poétique
, de Jean BURGOS, une étude très approfondie sur le chantier du recueil suivie de la reproduction intégrale du premier manuscrit. On suit pas à pas le poète « faire ses gammes » et c’est passionnant. Le Pont Mirabeau mis en rébus par Jacques DARQUEY ne devrait pas déplaire aux amateurs de cet exercice. Mais Calliopées nous gratifie aussi d’un Raymond Queneau et le corps où Daniel DELBREIL établit l’édition des Actes du colloque international qui s’est tenu en octobre 2006 à Nancy, au Théâtre de la Manufacture. On s’amuse et on apprend… Mais mon quota de signes est quasi épuisé sans que j’aie pu tartiner sur le Tournant des années 1970, Liège en effervescence (Les Impressions nouvelles, coll. Réflexions faites), ti Nom di Dju ! Cet ouvrage collectif (dirigé par Nancy DELHALLE & Jacques DUBOIS avec la collaboration de Jean-Marie KLINKENBERG) démontre à ceux qui auraient pu en douter que le surnom de « Cité ardente » n’est pas usurpé. Quant à Spa, où je me suis volontiers exilé, c’est « le Café de l’Europe ». Pas mal non plus, non ?

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