Paulette de Feronstrée

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J’t’en foutrai, moi des rêves de gonzesses…Y a longtemps que j’ai rangé mes lunettes de soleil et mes culottes en dentelles synthétiques. J’investis plus dans la lingerie fine. Terminé ! M’auront plus. Suis vaccinée.

Toujours pareil. Y disent : « viens, je t’emmène en croisière sur mon paquebot. C’est moi le capitaine. Tu feras un voyage de rêve, ma poupée d’amour ». Puis tu te retrouves sur un rafiot pourri avec un crétin qui a un pompon à la place du gland et qui t’embarque tout juste de l’autre côté du quai. Et encore, ça c’est quand t’as du bol ! Sinon, la plupart du temps, tu restes sur place parce que l’épave, elle a plus de gouvernail. Dans le meilleur des cas, tu sautes à la mer et tu te casses. Dans le pire, tu ramasses une serpillière au cul et un mioche qui braille dans ton tiroir. Faut pas écouter les mecs. Tous des promeneurs de bonjour et puis au revoir. Ils te plantent là comme un céleri pourri. Après t’avoir ramoné ta vertu que t’en as de la suie jusqu’aux orteils. Ah ça, une fois qu’ils ont eu leur affaire, kleenex ! Hop dans la poubelle. Et tu voudrais que j’investisse dans le mohair et soie ? Juste pour un coup de quéquette et au revoir Berthe ? Ca te promet la lune et quand ils ont eu le miel, tu peux te l’accrocher où j’pense. Moi, t’sais quoi ? Les mecs m’en faut plus. Hein ? Meetic ??? C’est quoi ce bazar ? Un moustique des mers du sud qui va nous filer la phtisie galopante ? C’est Betancourt qui a ramené ça de là-bas ? Ah, d’accord, c’est un truc pour surdoués de l’ordi…Chez moi, j’ai juste une machine à café. Et encore. J’préfère aller me taper un demi au bistrot. Ca te sert à quoi ce machin mystique ? Mais c’est complètement idiot de se faire des « amis virtuels » ! T’es maboule, toi ma parole ! Ah, c’est comme ça que t’as connu Marcel…Et tu lui as montré tes nichons dans quoi ? La webcam ? Et lui il t’a montré sa biroute pareil et t’as tout vu sur ton écran…Ca commence à m’intéresser. Et après, y s’est passé quoi ? Tu l’as rencontré et…Il t’a baisée dans le parking du GB, logique. Bon, mais est-ce qu’il t’a aidée à porter tes paquets jusqu’à ta voiture ? Non ? Eh ben tu vois ! Tous pareils. Ton ordi, tu peux t’asseoir dessus. Ca n’amène que des misères.

A vingt ans tu penses à te faire ramoner la buse, mais après, tu commences à réfléchir avec autre chose que ton clito et tu te recentres sur la réalité : le fric. Y a que ça qui est important. Si t’en as pas, t’es tout le temps emmerdé. Et moi, j’ai envie d’avoir la paix. De me la couler douce sur une île avec des
Grecs en pagne qui agitent des feuilles de bananiers au-dessus de mon bide. Le reste, j’en ai rien à cirer. Tu penses bien que ma libido à cinquante piges, elle est partie en excursion à la Cascade de Coo. Moi, les mecs, m’en faut plus. Je sais, je m’répète, mais suis dégoûtée, tu comprends ? Dé-goû-tée. Tous des crapauds. Les nanas ? Oh non ! Pas mon truc. C’est chiant les gonzesses. Trop compliqué. T’sais quoi ? Je vais m’acheter un chien. Si, si…Un vrai clébard avec des muscles aux pattes et une bite de cheval. Peut-être que ça réveillera ma libido…Mais bon, même si ça me fait plus ni chaud ni froid, c’est pas désagréable à regarder. Ca rappelle des bons souvenirs…Parce que j’en ai quand même eus quelques-uns ! Avec Alfonse qui me baisait sur la table de la cuisine en chantant «Mexico, Mexiiiicooo ! Sous le soleil qui chante yé ! » Ca c’est une chanson qui marche bien quand on lime. On dirait que ça a été écrit pour. T’as jamais essayé ? Tu devrais…Y a aussi «Tombe la neige…Tu ne viendras pas ce soir… » c’est un autre rythme. Plus lent. Là, t’as le temps de compter les couilles des moutons. Pendant que l’autre truffe s’esquinte au-dessus de toi en te malaxant les melons, tu penses à ta liste de courses, à ce qui manque dans le frigo etc…J’ai jamais aimé quand ça prenait des plombes. Moi, fallait que ça aille vite. Et bien profond. Un bon coup dans le conduit et t’en as pour ta semaine. J’suis pour le saut à l’élastique. Pas pour le yoga. C’est des trucs pour ceux
qui mangent du boulgour. Moi j’aime que les plats épicés. Le feu à la gorge et au cul. Y a que ça de vrai.

Oui, y a eu aussi Jean-Mi. Tu fais bien de me le rappeler. Je l’avais oublié çui-là ! Dis, s’il fallait se souvenir de tous les lascars avec qui on a baisé, on aurait le cerveau encombré pire que sur l’autoroute des Ardennes ! Jean-Mi et ses balloches de babouin…C’est vrai…C’est à lui que j’ai fait ma première pipe. Pour ça que je ne m’en souviens plus très bien. C’était pas terrible. T’aimes ça toi, pomper des nœuds ? Avoue quand même que lécher une glace à la framboise, c’est meilleur. Puis t’as le cornet avec. Ici, t’as que la sauce. Toujours le même goût. T’as beau en essayer un paquet, y a rien qui change. Ma mère, un jour, elle en a eu ras-le-bol ! Parce que mon père, figure-toi, il était du genre marathonien. Plusieurs fois par jour, il lui faisait son affaire. Suffisait qu’il la voie, les fesses en l’air, en train de nettoyer le pavement et crac ! Elle y passait. Au début, j’imagine qu’elle trouvait ça amusant. Mais après quelques années, elle en a eu sa claque. Et le soir de Noël, il lui a enfoncé sa bite dans la gorge et…crac aussi ! Elle l’a coupée avec ses dents. Il a gueulé comme un goret. Tout ça pour un petit bout de chair de rien du tout. Moi quand on m’a opérée de l’appendicite, j’ai rien dit. Et après, pendant qu’il faisait de son nez dans le divan, tordu comme un bretzel, à hurler à la mort, ce douillet, et bien elle a accroché sa petite saucisse au sapin. Puis, elle a mis les guirlandes. Tranquille. Qu’est-ce qu’on s’est marrées…
C’était mon plus beau Noël !

Mon père ? Ben il est parti en se tenant le fond de main et on l’a jamais revu. Toute façon, avec toutes les greffes qu’ils font maintenant, ils ont dû lui en coudre une en inoxydable. Ca rouille pas. Que des avantages y paraît ! Quand on a eu le paternel hors des pieds, elle a arrondi ses fins de mois avec des petits extras. Elle allait faire des ménages chez les notables du coin. Elle avait inventé un truc de dingue avec son plumeau. Ca les rendait fous. T’as pas idée des cadeaux qu’elle me ramenait ! Toutes les semaines c’était Noël. Et chaque fois, je revoyais la petite saucisse au bout du sapin. Ah ça, on peut dire que j’ai eu une jeunesse dorée, moi ! Qu’est-ce qu’on s’est fendues la gueule ma mère et moi. Le soir, elle me racontait ses aventures. Même que des fois, elle leur cirait la bite aux vieux et ils aimaient ça ! Même qu’il y en a un, genre sado-maso, t’sais, qui lui a demandé de la polir au tampon Jex ! Ben oui, que ma mère elle l’a fait ! Ah pour ça, y avait pas plus consciencieuse dans son boulot. Une ménagère modèle que j’te dis. Jusqu’au jour où elle a ramené Fernand à la maison. J’lui avais pourtant dit: fais pas ça, m’man. C’est vrai, on était peinardes toutes les deux et vlà, qu’elle nous apporte un bas de la cuisse. Il était tout petit. Avec un toupet à la Tintin, des bras de singe et un abcès de comptoir. En plus, y fallait qu’il grimpe sur un tabouret pour arriver à attraper son verre, ce nain. Va savoir pourquoi elle s’est amourachée de ce pété. Ben si, elle a fini par me lâcher sur son lit de mort que c’était parce qu’il lui récitait des poèmes de Francis Lalanne ! Tu sais, cet échappé du Moyen-âge avec sa queue de cheval et ses bottes de sept lieues, qui débite des salades pour midinettes…Et ben ma vieille, elle s’est laissé avoir par ça ! Johnny j’aurais encore compris. Même un unijambiste manchot et aveugle, dans un cagot de légumes, qui me chante « Ah que je t’aime, que je t’aime, que je t’aime » moi, je craque complètement ! Ma sœur Ginette elle est fan aussi. Pour ça qu’elle a épousé ce squetté de Maurice. Pasqu’il ressemblait à Johnny quand il était jeune. Là, il est devenu Carlos. Pas de bol ! Quand j’pense qu’elle est depuis 35 ans avec ce gugusse. Comment c’est possible des choses pareilles ? T’imagines, enfiler les mêmes chaussettes pendant des années…Quel ennui. Ou bouffer le même plat en écoutant les mêmes conneries. Parce que son gros plouc, il est du style « roi de la blague ». Y a qu’elle
que ça fait marrer. Il en a toujours une à te raconter. Et même pas crado ! Juste des histoires de Toto qui fait l’imbécile.

En plus de ça, elle est cocue. Puisque j’te l’dis ! Il s’est fait péter la rondelle par le minet de la discothèque. Bien sûr qu’il est pédé. Tu verrais ma sœur, tu comprendrais. Même avec une cagoule sur la tronche comme Jean-Jacques Rousseau et emballée dans un sac de couchage, t’en voudrais pas. Pourquoi il l’a épousée ? Parce qu’il m’a sautée et qu’il a sauté ma mère. C’était juste histoire que ça reste dans la famille, parce qu’il avait le sens de l’honneur. Ca, faut lui laisser ! Respect ! Où qu’elle était ma frangine quand la mère a décoré le sapin de Noël ? Dans le garage, en train de s’astiquer avec la raclette. C’était une manie chez elle. Tous les soirs, de 6 à 7. Non, j’sais pas trop comment elle se débrouillait avec ça, mais elle revenait toute réjouie. Elle a jamais voulu nous expliquer. C’était son secret qu’elle disait. Même qu’elle allait le faire breveter ! Pourquoi elle est toujours avec sa tapette de mari ? Parce qu’il lui achète des raclettes neuves toutes les semaines. J’sais pas ce qu’elle fabrique, mais elle les casse toutes. Ca finit par coûter un paquet de pognon à la longue. Non, le ménage, ça elle fait pas. C’est lui. Pour ça aussi qu’elle le garde. C’est moins cher qu’une machine à laver la vaisselle et c’est plus écolo. Tu consommes moins de flotte. Parce que faut penser à ça aussi maintenant avec la couche des zones. Et ma sœur, elle a une conscience écolo. C’est une femme bien, même si je la comprends pas toujours, parce que n’empêche, faut s’le farcir le gros ! Mais bon, elle se sacrifie pour la planète et moi je dis : respect !

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