Bas de laine troués

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Vu qu’il est fait ici état de questions pécuniaires dans le secteur associatif, il convient premièrement de souligner qu’il n’est pas impératif pour les associations de recourir à un financement extérieur pour assurer leur existence : beaucoup d’entre elles fonctionnent grâce au soutien de volontaires et de bénévoles. Les chiffres des ASBL en Belgique sont à cet égard éloquents : si environ 16.000 d’entre elles emploient des salariés, elles sont en fait près de 90.000 à proposer des activités sur le territoire. Mais il est certain que plus une association, quel que soit son domaine, prend de l’ampleur et se spécialise, plus ses besoins financiers seront importants. Nombre d’entre elles ont ainsi débuté sans grands moyens et sont devenues aujourd’hui de véritables «entreprises associatives » qui nécessitent des revenus financiers à la hauteur de leurs objectifs.

Pour près de la moitié des associations, les principaux bailleurs de fond du secteur sont donc majoritairement les autorités publiques. Ces dernières interviennent en soutenant financièrement, dans les limites du budget approuvé par l’autorité compétente, des organismes parapublics ou privés qui répondent à une série de conditions. Tout organisme qui désire bénéficier de ces subventions doit répondre à celles-ci. En Belgique, plus qu’ailleurs, les principaux obstacles proviennent de la complexité du paysage institutionnel : dans certains cas, la première difficulté sera d’identifier correctement l’entité publique compétente pour un domaine d’activité donné qui sera parfois partagé à de multiples niveaux de pouvoirs: européen, fédéral, régional et provincial. Certains cas, comme dans l’éducation permanente, les ONG ou encore les centres de planning familiaux, sont beaucoup plus encadrés et doivent se soumettre à des exigences préalables pour pouvoir bénéficier de subventions.
Une fois de plus, force est de constater qu’en Belgique, ce sont vers les Communautés et les Régions que les acteurs associatifs doivent principalement se tourner, avec toutes les difficultés qu’entraîne un budget restreint pour ceux dépendants de la Communauté française, quelque peu déplumée. Toutes les associations ne dépendent pas des mêmes ressources : si les subventions étatiques conditionnent l’existence de beaucoup d’institutions actives dans le milieu de l’insertion, elles ont ainsi une moindre importance pour les associations sportives, par exemple. Dans ce dernier cas, les cotisations des membres comptent pour une part bien plus déterminante pour leur budget que les aides publiques. L’apport financier de la vente de biens et de services est par contre prépondérant dans le secteur culturel 1.

De l’argent, à n’importe quel prix ?

En termes de ressources financières, restent alors les dons et le sponsoring d’entreprise : les associations peuvent se tourner vers des acteurs privés pour leur demander de les soutenir dans tel ou tel domaine d’activité. Mais cet apport financier est marginal par rapport à l’ensemble des revenus du monde associatif et surtout il est à considérer avec circonspection : les partenaires privés prêts à investir ainsi de l’argent dans un domaine le font rarement sans une idée derrière la tête, il reste donc aux associations concernées à peser le pour et le contre d’une telle collaboration. La situation est ainsi particulièrement frappante dans le secteur associatif actif dans la défense de l’environnement. Bien des entreprises polluantes sont ravies de pouvoir épingler leur sigle à celui d’une association prestigieuse et réputée afin de s’acheter, à prix modique, une certaine virginité.

Car si en théorie ce type de partenariat apparaît comme plutôt intéressant, avec d’un côté l’apport de crédit pour l’association en question et de l’autre une entreprise polluante qui fait des efforts pour contrebalancer ses actions néfastes, la pratique soulève tout de même quelques
interrogations : « La première est éthique : l’association peut-elle collaborer sans perdre son âme avec une société privée dont les activités sont critiquées dans les milieux environnementaux ? La seconde est stratégique : quel sera le contrôle du bailleur de fonds sur le développement de l’activité et, de manière plus large, sur la liberté de parole associative vers l’extérieur? Dans ces mariages un peu contre nature a priori, un marchandage s’opère. Ce qui intéresse l’entreprise, c’est la confiance du public envers l’association. Les sondages sont clairs à cet égard : les citoyens estiment que les associations d’environnement sont de loin les plus crédibles pour défendre la cause environnementale, bien avant la justice, les administrations, les politiciens et le secteur de l’entreprise qui arrive en dernier lieu. Ce que l’entreprise achète, c’est précisément cette part de confiance ; l’association ne doit pas être dupe, elle risque d’y perdre une partie de son crédit vis-à-vis du public en s’associant à une entreprise privée » 2.
Le secteur associatif a aujourd’hui des ramifications dans l’ensemble des secteurs et est donc incontournable. En 2004, 61,1% du financement des associations était assuré par les pouvoirs publics et 36,5% par le privé. La majorité des associations fonctionne grâce au soutien de leurs membres, à leur investissement personnel et altruiste. Le nombre de travailleurs volontaires dans le secteur associatif en Belgique se situe entre 1 million et 1,4 million… En ce qui concerne les perspectives de financement du secteur pour l’avenir, les travailleurs associatifs, sondés en 2007, étaient optimistes puisque 35% d’entre eux s’attendaient à une augmentation du financement (privé et public) et 13% seulement à une diminution 3. Au vu de la crise économique récente, un nouveau coup de sonde fin 2009 pourrait bien révéler une appréciation toute différente.

– Les associations en Belgique : une analyse quantitative et qualitative du secteur., p. 58, Graphique 8

Notes:

  1. Les associations en Belgique, une analyse quantitative et qualitative, Fondation Roi Baudouin, 2008.
    (2 )
  2. Financement d’une association par le privé, la solution idéale ?, Inter Environnement Wallonie, Frédérique Soete, IEW, http://www.iewonline.be
  3. Les associations en Belgique, une analyse quantitative et qualitative, Fondation Roi Baudouin, 2008.

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