Wallons et Bruxellois : unis dans une même galère

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Bruxelles, c’est avant tout une population franchement hétérogène : la capitale est une ville d’immigrés [Brusselsstudies.be, 17/03/2009, la population bruxelloise, un éclairage démographique]. Seule environ une petite moitié de ses habitants est née dans la Région. L’autre moitié est issue en grande partie d’un pays étranger (+/-35%), quelques uns viennent de Flandre (8%) et le reste de la Wallonie. Pas évident de susciter un intérêt pour l’avenir de la Région wallonne dans ces conditions. Pour certains, c’est presque un autre pays dont ils ont vaguement entendu parler et dont ils n’ont pas toujours grand chose à cirer. Pour d’autres, c’est la terre natale. Entre les deux, ceux dont l’intérêt est éveillé mais qui réfléchiraient tout de même à deux fois avant de se rendre dans cette Région, tant elle parait lointaine et difficile d’accès. Car, après tout, il faut passer par la Flandre, avant d’y accéder. Pourtant, à bien y réfléchir, traverser la capitale met parfois bien plus de temps que de se rendre dans l’une des villes wallonnes…

Bref, vu de Bruxelles, surtout en cette période de coups bas électoraux, la première chose qui vient à l’esprit, quand on évoque l’avenir wallon, concerne l’avenir politique de la Région et les frasques de l’incontournable sphère dirigeante: malgré le temps qui passe, ce sont toujours les Van Cau, les Donfut et les Lizin qui tiennent le haut du pavé. Ne retenir de la Wallonie que ces évènements est bien sûr réducteur: ces informations, diffusées à coup de gros titres tapageurs, ne résument pas à elles seules ce qui se fait dans la Région. Malheureusement les faits sont là : le monde politique wallon n’a pas bonne presse ces derniers temps. Or, chacun sait que l’image transmise par les médias traditionnels a un impact démesuré sur le public qui, en grande partie, focalise son attention sur ces informations. Pas très optimiste donc, la perception de l’avenir wallon, à Bruxelles. Heureusement, la politique n’est pas tout, et puis… elle est éphémère…

« Le Wallon, sympathique et travailleur »

La vision qu’ont les Bruxellois des Wallons et vice-versa est un thème à la mode ces derniers temps. Normal, à force de parler tous azimuts de la fin de la Belgique, ses citoyens finissent par s’inquiéter de la suite des évènements et envisagent toutes les éventualités. Le Centre d’étude de la vie politique de l’ULB (Cevipol), s’est livré récemment, pour le compte de la RTBF et du Soir, à une analyse quelque peu approfondie (900 wallons interrogés et 880 bruxellois) sur la façon dont se voient les deux communautés.

Bonne nouvelle : les vieux clichés du Wallon fainéant et chômeur n’ont pas cours dans la capitale. Bruxellois et Wallons s’apprécient mutuellement. « Sympathiques, travailleurs, intelligents et ouverts sur le monde » sont les qualificatifs les plus récurrents de l’étude. Les deux Régions pourront donc continuer à vivre en harmonie en cas d’éclatement de la Belgique, scénario catastrophe toutefois peu probable, vu le complexe enchevêtrement institutionnel du pays : le confédéralisme est un risque bien plus vraisemblable.
Seul bémol à cette harmonie : leur vision de l’avenir n’est pas pareille. Si la séparation de la Belgique devait devenir un scénario effectif, les Bruxellois interrogés se verraient bien en un pompeux « district européen » davantage indépendant, tandis que les Wallons rêveraient plutôt d’une union renforcée avec Bruxelles.

Mais comment envisager sereinement l’avenir alors que les deux Régions manquent cruellement de moyens ? C’est cette question qui préoccupe la capitale: les prochaines négociations institutionnelles vont s’avérer cruciales et toutes deux devront se montrer unies afin de se garantir davantage de moyens face à une Flandre forte et vindicative.

Ce qui est certain, c’est qu’un lien important unit ces deux Régions : après tout, c’est un peu grâce au soutien des Wallons, partisans d’une régionalisation de l’Etat, que la Région bruxelloise a vu le jour, au grand
dam de la Flandre. A la base, celle-ci n’en voulait pas, de la Région de Bruxelles Capitale. Elle était de son point de vue une ville flamande, victime de la francisation effrénée de la Capitale. Les Bruxellois ont besoin des Wallons pour se faire entendre. Inversement, Bruxelles est un peu la fenêtre sur le monde de la Wallonie, son aura lui est plus que bénéfique, en termes économiques ou tout simplement en termes de reconnaissance internationale. Ceci posé, l’avenir des deux Régions est-il vraiment dissociable?

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