Le bon appétit! Asperges frites

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Le temps est gris et terne, maussade ; et l’air, pesant. Le printemps est installé depuis belle lurette et pourtant tout est triste. Rien ne se passe ou presque. Pas de pie qui jacasse, nulle fauvette qui zinzinule. Seuls quelques corbeaux croassent. Les coquelicots sont comme des clicotes, les ancolies mélancoliques et le lilas las. Elle marche le long d’une route sans borne.
« Légère et court vêtue elle va à grands pas », porteuse d’un seul baluchon plein d’effets et d’espoir…

Le ciel est gris et terne, maussade ; et l’air pesant. La grisaille est dans l’air du temps. Elle va de l’avant. Soudain, lointain, un vrombissement. Elle tend l’oreille qui via le marteau, l’enclume, l’étrier, le limaçon et le ventricule et j’en passe, transmet l’information au cerveau qui répond : ce vroum lointain est émis par une motocyclette de 250 cm3, 4 soupapes, 22 chevaux, ABS de série. Ca c’est sûr. Ce qui l’est moins, c’est la tête du motocycliste. Là, c’est l’inconnu… Elle frémit… Elle a toujours rêvé d’enfourcher une moto derrière un beau motocycliste. Il l’aperçoit, ralentit…s’arrête, ôte son casque tel un chevalier preux et galant.
Pas mal, se dit-elle.

— Où allez-vous très chère demoiselle ?
— Là où vous m’emporterez, je fuis la crise, elle nous suit, elle nous traque, elle nous matraque et nous détraque…
— Alors montez et allons voir plus loin, sur la lune s’il faut car elle est mondiale la crise.

Le casque bien vissé, elle s’installe.

— Tenez-vous bien, enserrez-moi bien fort.

C’est parti… la moto pétarade comme à la parade, ils ont bien bon, bien collés l’un à l’autre, ils ne pensent plus à rien ou presque…

— Nom d’une pipe !
— A moto, ce n’est pas facile !
— Mes asperges, j’ai oublié mes asperges. Que vont-elles devenir si on part au loin. Elles vont flétrir et ça je ne le supporterais pas. J’adore trop les asperges?
— Moi itou, alors demi-tour et en vitesse chez vous. Accrochez-vous…

Les asperges sont blanches et grosses. Elle les pèle légèrement et leur coupe le bout terreux (2 ou 3 cm), elle les plonge dans l’eau bouillante salée dix petites minutes. Elles doivent rester bien fermes.

— Ca va ? Vous trouvez ce que vous voulez?… Une brosse pour le dos…Attendez j’arrive…

Elle les passe rapidement sous l’eau froide, les égoutte et les éponge. Dans une assiette creuse elle bat deux œufs et dans une autre elle prépare un mélange : chapelure maison, parmesan râpé un peu de poivre un peu de sel.

— Ca va ?… Le sèche-cheveux ?… Attendez j’arrive…

Elle roule les asperges dans les œufs battus puis dans la chapelure et hop dans un bain d’huile. Elle les servira avec un aïoli ou une mayonnaise à l’huile d’olive avec des câpres des cornichons et un filet de citron.

— Alors, c’est bon hein ?
— Qu’est-ce qu’on a bon !
— Et la crise ?
— C’est un remède miracle pour l’oublier !
— Superbe, celle-ci, jamais vu une pareille….
— C’est pour vous…
— Vous me gênez là !
— Allons, allons, faites-vous plaisir !
— Si vous y tenez…

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