Hello world

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« Hello world, I’m macintosh » furent les premiers mots du mac, précurseur de l’ordinateur personnel et donc de l’informatique grand public. Aujourd’hui, le web offre des possibilités impressionnantes pour organiser la débrouille. Il suffit de s’aventurer sur d’autres sites que facebook. Comme par exemple celui du couchsurfing 1. Derrière cette appellation un peu hype, se cache un projet de très belle facture. Et gratuite, la facture. Il a été imaginé par Casey Fenton, un américain baroudeur qui se demandait que faire lors d’un week-end en Islande. Après avoir envoyé quelques requêtes pour être logé chez des autochtones qui disposaient d’un site personnel, il est tombé sur un répertoire d’adresses mails de l’université locale. Un peu de bidouille avec une base de données et un gestionnaire de listes d’adresses plus tard, il envoya un mail personnalisé, avec nom et prénom, à mille cinq cents personnes. L’essai fut couronné de succès et en rentrant chez lui, il se dit qu’il ne voulait plus voyager autrement. L’idée du couchsurfing était née. Le principe est simple, vous remplissez un profil et avez le loisir de demander à toute personne inscrite de squatter son canapé quelques nuits. Une bien belle idée pour les bourses les plus menues. Mais il ne s’agit pas que de sauver quelques deniers.

Décroissance ? On entend souvent cette piste lorsqu’on parle des multiples crises que nous traversons. Ce serait l’époque des slows. Pas la danse, les autres. Slow food, slow work, bientôt slow fuck ? En tout cas, il ne faut pas être un adepte de John Zerzan 2 pour comprendre qu’on ne peut pas vivre à six milliards au rythme de l’auto-boulot-dodo-avion-vacances. Pourtant, nous voulons encore voyager. Il y a sans doute des solutions. Imaginons un instant ce que serait le slow travel. Les plans de débrouille ne manquent pas et ils permettent de voyager mieux. Beaucoup mieux même. Il y a bien sûr l’ancestral pouce levé à la verticale qui vous plongera le temps d’un trajet dans la vie d’un inconnu. Et altruiste, l’inconnu. Mais les moins téméraires préfèreront peut-être profiter du réseau des réseaux en se connectant sur les sites de co-voiturage. Le stop des temps modernes en somme. D’accord, une requête sur le moteur de recherche californien consomme pas mal d’électricité 3, mais c’est un autre débat. C’est sûrement mieux que la facture de kérosène. Avec les sites de co-voiturage, vous serez vite arrivés sur place. Il y a plein de choses à faire et de cultures à rencontrer en moins de trois heures de voiture. Comme vous l’avez compris, le logement n’est pas un problème non plus. Nos voisins néerlandais, français ou allemands sont parmi les plus grands adeptes du prêt de canapé. Tout comme nous 4. Le pari est donc réussi. Vous avez vécu un voyage, un vrai, pas un de ceux qui se mesurent en nombre de kilomètres et de photos, et votre empreinte écologique est sous contrôle. Alléluia. Mais au delà des bénéfices évidents du slow travelling au niveau personnel, voyager de la sorte permet de préserver le pays qui vous accueille en ne l’obligeant pas à orienter toute son économie vers le tourisme. Le couchsurfer s’inscrivant dans le rythme de vie de ses hôtes, il y a peu de chances qu’il se retrouve dans le sillage des hordes de touristes dont nous faisons parfois partie. Il y a même bien plus de chances de se retrouver dans le fin fond de la campagne du pays où vous vous trouvez. Ce sont les aléas du slow traveller qui, plutôt que de s’imposer, se laisse porter par le courant.

Crise ? Quelle crise ? Rien ne vous empêchera jamais de vivre de vrais voyages de bric et de broc. Les bénéfices retirés des plans B vont bien au delà des considérations financières. On pense par exemple à la restauration de la confiance en l’autre dans l’ambiance mortifère du tout-sécuritaire. Mais nous ne pouvons nous empêcher de nous dire que, comme dans un conte dont nous avons oublié le titre, les derniers seront les premiers. Les lents, autrefois fustigés, regarderont le sourire en coin les rapides s’esquinter chaque jour un peu plus pour se payer encore une fois une palmeraie à dos de chameau. Et ça ne concerne pas que le voyage. Les lents n’ont jamais eu d’actions ou de stock options. Plus d’argent ? Y’en a jamais eu ! Il ne s’agit pas ici de s’ériger en héros pourfendeurs de grands méchants riches qui prennent l’avion de Liège à Charleroi. Mais plutôt de se réjouir du fait que ceux qui n’ont jamais oublié le sens du mot solidarité vont être récompensés. Le lièvre a foncé droit dans le mur. Vive les tortues !

Notes:

  1. Surf de canapé, pour les anglophobes : voir www.couchsurfing.com
  2. Principal théoricien américain, de l’anarchisme vert ou primitiviste.
  3. Selon les chercheurs les plus pessimistes, si rien n’est fait, le web consommera dans vingt ans l’énergie que consomme aujourd’hui la population mondiale.
  4. 2637 inscrits à Bruxelles (en sachant toutefois qu’il n’est pas obligatoire de proposer un canapé).

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