Chauve qui peut

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Du Lapin Blanc à la Chauve-Souris

Le bâtiment, propriété de l’asbl CEJIEL (Service d’accueil de jour pour adultes handicapés), était vide et inoccupé depuis trois ans et demi, et tout se détériorait à l’intérieur et à l’extérieur. Rapidement, les choses s’organisent. Quelques personnes s’installent dans le bâtiment pour y vivre, et des collectifs commencent à y organiser des activités. Des soirées, des projections de films et des ateliers de danse se déroulent régulièrement depuis l’ouverture. La Chauve-souris sert également de lieu de réunions pour différents collectifs, de « sleep in » pour des gens de passage, de lieu de rencontre et d’espace d’expression pour de jeunes artistes. Par ailleurs, elle héberge aussi un magasin gratuit de vêtements, un infokiosque à prix libre, et un cybercentre.

Dès le début, les occupants avaient introduit une demande de conciliation en justice, refusée par le CEJIEL, comme d’ailleurs toutes les tentatives de discussion initiées par le collectif. Depuis le mois de janvier, une procédure en justice de paix est en cours. Initiée par l’asbl propriétaire pour “occupation illégale de bâtiment”, cette procédure comprend un calendrier juridique dont le verdict sera rendu le 22 septembre.

Péril en la demeure

Ignorant ce calendrier fixé par le juge, ce lundi 23 mars 2009, aux alentours de 8h, des responsables de l’asbl CEJIEL, accompagnés d’un huissier de justice et d’une pelleteuse de l’entreprise de Herstal “De Nicolo & fils” ont attaqué le Centre Social Occupé « La Chauve-Souris ».

Une dizaine de personnes logeaient dans le bâtiment quand les responsables du CEJIEL, propriétaires du lieu, ont donné l’ordre à la pelleteuse de détruire le bâtiment. La pelleteuse a méthodiquement détruit toutes les fenêtres de la moitié gauche de la façade, mettant en danger la vie d’une personne qui dormait derrière une vitre de 5 mètres carrés au rez-de-chaussée. Cette personne a d’ailleurs été blessée par les morceaux de verre.

Les habitants sont immédiatement sortis pour tenter d’empêcher la pelleteuse de poursuivre la destruction du bâtiment. Ils ont été violemment pris à partie par les responsables du CEJIEL présents sur place, et n’ont finalement eu d’autre choix que d’appeler la police pour éviter que la situation dégénère.
Au-delà de la mise en danger des habitants, les responsables du CJL savaient pertinemment que leur action de démolition était illégale, au vu de la procédure qu’ils ont eux-mêmes lancée.

L’attitude de la police semble avoir été particulièrement déplacée. En plus des remarques sur la responsabilité des occupants, les policiers n’ont en effet rien trouvé de mieux que de contrôler leurs identités et d’arrêter l’un d’entre eux qui refusait de donner sa carte d’identité avant l’arrivé de l’avocat. Ils ont également refusé de recevoir les auditions et les plaintes des occupants. Heureusement, le conducteur de la grue et les responsables du CEJIEL ont fini par s’en aller.

Fascisme ordinaire

Après cette agression pour le moins sauvage, le centre social est éventré, la moitié du bâtiment à l’air libre. Le magasin gratuit et un espace de discussion sont inutilisables, et une dizaine de plantes et des semis ont été abîmés. Les occupants sont particulièrement choqués de l’agression qu’ils viennent de subir. « Ce que nous avons expérimenté, c’est un fascisme ordinaire où des propriétaires, sûrs de leur bon droit, décident de détruire un lieu de vie et d’échanges en mettant en danger plusieurs personnes. Que les auteurs de ces actes prétendent être des acteurs impliqués socialement démontre bien que les idées générales sur le fascisme passé ou loin d’ici sont tout à fait compatibles avec des pratiques nauséabondes au quotidien. Nous combattons les fascismes par-delà les frontières, nous le combattrons aussi chez nous, dans notre vie, et nous continuerons à vivre notre lieu et à le défendre.»

Energies et solidarités

Après l’attaque de la pelleteuse du CEJIEL contre le
Centre Social, l’énergie et les bonnes volontés sont telles que quatre jours suffisent à effacer les traces de l’attaque, « même si plusieurs d’entre nous n’ont pas complètement évacué le stress de l’agression », précisent les occupants. Plusieurs dizaines de personnes sont passées pour aider à réparer le bâtiment, pour apporter du soutien, pour assurer la sécurité du lieu. De nombreux voisins ont aussi témoigné leur stupéfaction et leur solidarité.


« Notre espace est plus beau qu’il n’a jamais été. En plus des réparations nécessaires, nous avons profité de l’énergie ambiante pour repeindre la moitié de la façade, installer un panneau d’information et débroussailler les 400 mètres carrés de ronces dans le terrain en face qui nous servira de jardin collectif. » C’est dans le cadre de la journée internationale des luttes paysannes du 17 avril qu’est prévue l’inauguration de ce jardin collectif, en compagnie de « Reclaim the fields » dont le slogan est « En temps de guerre, ils semaient des pommes de terre, en temps de crise, on s’réactive, semons des alternatives ! »

De façon générale, la presse a relayé l’épisode de l’attaque à la pelleteuse, soulignant l’illégalité de l’initiative et la mise en danger d’autrui de la part du CEJIEL et de la firme « De Nicolo & fils ». Même le cabinet du bourgmestre a condamné l’action de l’asbl propriétaire. La direction du CEJIEL a refusé de répondre aux sollicitations des journalistes, mais cela n’a pas empêché leur avocat de réaffirmer leur volonté de détruire le bâtiment sans attendre la fin de la procédure en justice de paix (en septembre).

De leur côté, les occupants sont plus que jamais prêts à défendre leur espace de vie, et l’agenda des activités de la « Chauve-Souris » continue de se remplir, sans doute plus que jamais. L’existence d’une zone autonome de vie, d’activisme, de culture… où s’expérimentent de nouvelles pratiques et où se construisent de nouveaux positionnements vis-à-vis d’un ordre du monde qui semble chaque jour plus décalé, est un privilège pour une ville telle que Liège. Souhaitons que les moteurs des pelleteuses s’enraient définitivement…

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