Le bon appétit ! Potage au cresson

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Ma fée au lit m’apporterait-elle mon café au lit ?
— Ma foi, si tu n’en fais pas une coutume, ça peut marcher…
— Je dois râler un peu, j’en ai pour cinq minutes…

Et Lise de se lever et les lecteurs jaloux de râler un bon coup et de m’envier ce petit déjeuner…

Cher Monsieur le marchand de cresson, je ne suis pas un rouspéteur mais il fallait que je râle pour ne pas dénoter dans ce numéro. Je ne serai pas long d’autant que je hume déjà des senteurs de café. Dimanche dernier, mon beau-père fêtait ses 80 ans et ma belle-mère, épatante, nous avait invités pour dignement et gastronomiquement célébrer l’événement. Je ne vous détaillerai pas la journée par le menu, mais je voulais vous entretenir (en tout bien tout honneur) de la chose qui nous préoccupa et qui indirectement vous concerne. Entre autres choses bien bonnes, ma belle-mère nous avait préparé avec beaucoup d’amour un potage au cresson. ( Deux beaux oignons rissolés dans du beurre que l’on mouille avec trois litres d’eau. On ajoute un kilo de pommes de terre coupées en morceaux. Et cinq minutes avant la fin de la cuisson, on y plonge le cresson bien lavé. Puis on passe le tout au mixer. ) Armés de nos cuillères nous commencions à déguster le breuvage quand les regards des convives se rencontrèrent avec quelques points d’interrogation. Un goût peu habituel, pour ne pas dire désagréable irritait nos papilles et des petits morceaux trop verts pour sortir d’un potager flottaient à la surface de notre velouté. L’analyse rapide d’un de ces indésirables résolut l’énigme. Ma belle-mère a la vue qui décline, vu son grand âge, et le lien en plastique vert qui ficelle la botte de cresson avait malencontreusement atterri dans la soupe. Un bon coup de mixer acheva le désastre.

Nous ne bûmes ce potage polyestérisé, sauf mon beau-père qui a connu la guerre et préfèrerait mourir intoxiqué plutôt que de tout jeter. Je ne voudrais pas râler et vous importuner d’avantage, car j’entends Lise qui monte l’escalier, mais vous suggérer de changer la couleur des liens de vos bottes ( de cresson bien sûr ) … Rouges, jaunes, noirs ou blancs. Rassurez-vous, la fête fut belle et l’incident dérisoire. Hormis mon beau-père, il n’alimenta que la conversation et nous permit d’éviter des sujets plus délicats. Néanmoins, il me semblait important de vous faire part des inconvénients qui peuvent naître d’une liaison dangereuse. Je vous prie de recevoir l’expression de ma considération distinguée pour le cresson…

— Fini de râler ?
— Fini…
— Alors attaquons…
— Attaquons…
— Quel croissant !
— Quelles belles petites miches !

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